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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1830· Idylles

L’absence

Marceline Desbordes-Valmore· strophes variées, alexandrins surtout, 78 vers

L’avez-vous rencontré ?‖ guidez-moi, je vous prie.Il est jeune, il est triste,‖ il est beau comme vous,Bel enfant ; et sa voix,‖ par un charme attendrie,De la voix qui l’accueille‖ est l’écho le plus doux.Oh ! rappelez-vous bien !‖ Sa démarche pensiveFait qu’on le suit longtemps‖ et du cœur et des yeux.Il vous aura souri.‖ De l’enfance naïve,Naïf encore, il aime‖ à contempler les jeux.

Écoute ! ses regards‖ distraits, chargés d’alarmes,Effleuraient tes doux jeux,‖ peut-être sans les voir.Plains-moi, car c’est pour moi‖ qu’il dévorait ses larmes,Et de m’en consoler‖ il a seul le pouvoir.Guide-moi ; réponds-moi !‖… Mais tu ne peux m’entendre :Tu demandes son nom ?Ah ! s’il t’avait parlé,‖ m’aurais-tu fait attendre ?L’aurais-tu méconnu‖ dans ma prière ? oh ! non,Va jouer, bel enfant,‖ va rire avec la vie,Car ton âge est sa fête,‖ et déjà je l’envie.Va ! mais si ton bonheur‖ te l’amène aujourd’hui,Souviens-toi que je pleure,‖ et ne le dis qu’à lui.Comme la route au loin‖ se prolonge isolée !Eh ! pour qui ces jardins,‖ ce soleil, ces ruisseaux ?Je suis seule, et là-bas,‖ sous de noirs arbrisseaux,La moitié de mon âme‖ est errante et voilée.Mes suppliantes mains‖ voudraient la retenir :J’ai cru respirer l’air‖ qui va nous réunir !L’avez-vous rencontré,‖ nymphe à la voix plaintive ?L’avez-vous appelé ?‖ s’est-il penché vers vous ?Si son ombre a passé‖ dans votre eau fugitive,Nymphe, rendez-la moi,‖ je l’attends à genoux.Mais jusqu’à l’oublier‖ si vous êtes légère ;Mais si vous n’emportez‖ que vous dans l’avenir ;Si l’image qui fuit‖ vous devient étrangère,De quoi vous plaignez-vous,‖ nymphe sans souvenir ?

Quelle est cette autre enfant‖ sous les saules couchée ?De paisibles rameaux‖ enveloppent son sort ;Comme une jeune fleur‖ dans la mousse cachée,À l’abri des vents, elle dort.L’orage aux traits brûlants‖ ne l’a pas effeuillée ;Loin du monde et du jour‖ lentement éveillée,Un jeune songe à peine‖ ose effleurer ses sens ;Elle rit… qu’offre-t-il‖ à ses vœux caressants ?…L’avez-vous rencontré,‖ dites, belle ingénue ?Sa voix, qui fait rêver,‖ vous est-elle connue ?Au fond d’un doux sommeil‖ écoutez-vous ses pas ?Non ! si vous l’aviez vu,‖ vous ne dormiriez pas !Dormez. Je vous rendrais‖ et pensive et peureuse,Vous diriez : « Dès qu’on aime‖ on n’est donc plus heureuse ? »Je ne sais. Pour la paix‖ de vos nuits, de vos jours,Ignorez-le toujours.

Mais de nouveaux sentiers‖ s’ouvrent à ma tristesse :Je voudrais tous les suivre,‖ et je n’ose choisir.L’espoir les choisit tous.‖ Oh ! qu’il a de vitesse !Il m’appelle partout…‖ Où vais-je le saisir ?Au pied de la chapelle‖ où serpente le lierre,Courbé par la prière,Un vieillard indigent‖ porte aussi ses douleurs.Allons ! ses yeux éteints‖ ne verront pas mes pleurs.Comme il prie ! on dirait‖ qu’une lumière heureuse,Pour éclairer son front,‖ vient d’entr’ouvrir les cieux ;On dirait que le jour‖ est rentré dans ses yeux,Ou qu’il bénit tout bas‖ une main généreuse.Dieu ! l’a-t-il rencontré ?‖ Si calme, si content,Presse-t-il un bienfait‖ sur son cœur palpitant ?Est-ce lui qu’il bénit ? et la voix que j’adore,Dans ce cœur consolé‖ résonne-t-elle encore ?Écoutez-moi, mon père,‖ au nom de ce bienfait !Celui qui vous l’offrit‖ à vous m’a demandéePeut-être ?… Oh ! que ma main,‖ par la sienne guidée,Joigne son humble offrande‖ au don qu’il vous a fait.Mais, en vous consolant,‖ soupirait-il, mon père ?Déchiré du tourment‖ dont il me désespère,Injuste, mais fidèle,‖ en soupçonnant ma foi,Vous a-t-il dit : « Priez‖ et pour elle et pour moi ? »Oui, je sais qu’il est triste,‖ et qu’un accent plus tendreAu malheureux jamais‖ n’a su se faire entendre.Oui, je vais retrouver‖ mon bonheur qu’il troubla,Car mon bonheur, c’est lui,‖ mon père, et le voilà !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
8[abab] 17[aa] 3[abba]
Mètre
Alexandrins surtout (74 de 12, 3 de 6, 1 de 8)· profil 6, 6+6, (8)
Mots à la rime
a prie / attendrie féminine, classiqueb vous / doux masculine, classiquea pensive / naïve féminine, classiqueb yeux / jeux masculine, classiquea d’alarmes / larmes féminine, classiqueb voir / pouvoir masculine, classiquea m’entendre / attendre féminine, classiqueb nom / non masculine, classiquea vie / l’envie féminine, classiquea aujourd’hui / lui masculine, classiquea isolée / voilée féminine, classiqueb ruisseaux / arbrisseaux masculine, classiquea retenir / réunir masculine, classiquea plaintive / fugitive féminine, classiqueb vous / genoux masculine, classiquea légère / étrangère féminine, classiqueb l’avenir / souvenir masculine, classiquea couchée / cachée féminine, classiqueb sort / dort masculine, classiquea effeuillée / éveillée féminine, classiquea sens / caressants masculine, classiquea ingénue / connue féminine, classiquea pas masculine, classiquea peureuse / heureuse féminine, classiquea jours / toujours masculine, classiquea tristesse / vitesse féminine, classiqueb choisir / saisir masculine, classiquea lierre / prière féminine, classiquea douleurs / pleurs masculine, classiquea heureuse / généreuse féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquea content / palpitant masculine, classiquea j’adore / encore féminine, classiquea bienfait / fait masculine, classiqueb demandée / guidée féminine, classiquea père / désespère féminine, classiquea foi / moi masculine, classiquea tendre / entendre féminine, classiquea troubla / voilà masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

78 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources