Poésies, 1830· Élégies
L’attente
Il m’aima. C’est alors‖ que sa voix adoréeM’éveilla tout entière,‖ et m’annonça l’amour.Comme la vigne aimante‖ en secret attiréePar l’ormeau caressant,‖ qu’elle embrasse à son tour,Je l’aimai ! D’un sourire‖ il obtenait mon âme.Que ses yeux étaient doux !‖ que j’y lisais d’aveux !Quand il brûlait mon cœur‖ d’une si tendre flamme,Comment, sans me parler,‖ me disait-il : « Je veux ! »Oh ! toi qui m’enchantais,‖ savais-tu ton empire ?L’éprouvais-tu ce mal,‖ ce bien dont je soupire ?Je le crois : tu parlais‖ comme on parle en aimant,Quand ta bouche m’apprit‖ je ne sais quel serment.Qu’importent les serments ?‖ Je n’étais plus moi-même,J’étais toi. J’écoutais,‖ j’imitais ce que j’aime ;Mes lèvres, loin de toi,‖ retenaient tes accents,Et ta voix dans ma voix‖ troublait encor mes sens.
Je ne l’imite plus ;‖ je me tais, et les larmesDe tous mes biens perdus‖ ont expié les charmes.Attends-moi, m’as-tu dit.‖ J’attends, j’attends toujours !L’été, j’attends de toi‖ la grâce des beaux jours ;L’hiver aussi, j’attends !‖ Fixée à ma fenêtre,Sur le chemin désert‖ je crois te reconnaître ;Mais les sentiers rompus‖ ont effrayé tes pas :Quand ton cœur me cherchait,‖ tu ne les voyais pas !Ainsi le temps prolonge‖ et nourrit ma souffrance :Hier, c’est le regret ;‖ demain, c’est l’espérance ;Chaque désir trahi‖ me rend à la douleur,Et jamais, jamais au bonheur !Le soir, à l’horizon,‖ où s’égare ma vue,Tu m’apparais encore,‖ et j’attends malgré moi.La nuit tombe… ce n’est plus toi ;Non ! c’est le songe qui me tue.Il me tue, et je l’aime !‖ et je veux en gémir !Mais sur ton cœur jamais‖ ne pourrai-je dormirDe ce sommeil profond‖ qui rafraîchit la vie ?Le repos sur ton cœur !‖ c’est le ciel que j’envie,Et le ciel irrité‖ met l’absence entre nous.Ceux qui le font parler‖ me l’ont dit à moi-même :Il ne veut pas qu’on aime !Mon Dieu, je n’ose plus‖ aimer qu’à vos genoux !
Qu’ai-je dit ? Notre amour,‖ c’est le ciel sur la terre.Il fut, j’en crois mon cœur‖ effrayé d’un remord,Comme la vie, involontaire,Inévitable,‖ hélas ! comme la mort.J’ai goûté cet amour ;‖ j’en pleure les délices.Cher amant ! quand mon sein‖ palpita sous ton sein,Nos deux âmes étaient complices,Et tu gardas la mienne,‖ heureuse du larcin.Oh ! ne me la rends plus !‖ Que cette âme enchaînée,Triste et passionnée,Heureuse de se perdre‖ et d’errer après toi,Te cherche, te rappelle‖ et t’entraîne vers moi !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 4[abab] 14[aa] 2[abba]
- Mètre
- Alexandrins surtout (44 de 12, 5 de 8, 2 de 6, 1 de 10)· profil 8, 6, 6+6, (4+6)
- Mots à la rime
- a adorée / attirée féminine, classiqueb l’amour / tour masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb d’aveux / veux masculine, classiquea empire / soupire féminine, classiquea aimant / serment masculine, classiquea moi-même / j’aime féminine, classiquea accents / sens masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiquea toujours / jours masculine, classiquea fenêtre / reconnaître féminine, classiquea pas masculine, classiquea souffrance / l’espérance féminine, classiquea douleur / bonheur masculine, classiquea vue / tue féminine, classiqueb moi / toi masculine, classiquea gémir / dormir masculine, classiquea vie / j’envie féminine, classiquea nous / genoux masculine, classiqueb moi-même / aime féminine, classiquea terre / involontaire féminine, classiqueb remord / mort masculine, classiquea délices / complices féminine, classiqueb sein / larcin masculine, classiquea enchaînée / passionnée féminine, classiquea toi / moi masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources