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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1830· Poésies inédites mélanges

Le derviche et le ruisseau

Marceline Desbordes-Valmore· strophes variées, alexandrins surtout, 41 vers

Un ruisseau, frais enfant‖ d’une source cachée,Promenait sur les fleurs‖ son humide cristal ;L’herbe au pied du miroir‖ n’était jamais penchée :Il y versait la vie‖ à flot toujours égal.Harmonieux passant,‖ son mobile murmureEnchantait la Nature ;Un doux frémissement,‖ quand de ses molles eauxIl mouillait les roseaux,Avertissait au loin‖ quelque nymphe altéréeQu’un filet d’eau roulait‖ sous les saules tremblants ;Et la bergère, au soir,‖ dans la glace épuréeVenait baigner ses pieds brûlants.

Un derviche dormeur,‖ au fond de sa cellule,Oubliant que sa soif‖ y puise du secours,Las d’entendre le bruit‖ de l’onde qui circule,Pour prier ou dormir,‖ veut en briser le cours.Mais du ruisseau la pente‖ est à jamais tracée ;De la rive, où sa voix‖ s’élève cadencée,Rien ne peut détourner‖ son tendre attachement.Le dévot s’en irrite,‖ il gronde, et lourdementAu milieu du cristal‖ jette une pierre énorme,Criant : « Silence enfin !‖ Il est temps que je dorme ! »

Innocemment rebelle,‖ arrêtée en courant,L’onde à son tour s’offense,‖ et vive, peu dormeuse,Elle se change‖ en cascade écumeuse,Qui semble menacer‖ de devenir torrent.

Le derviche effrayé‖ se recule, s’agite,Étourdi du fracas‖ que lui-même a causé ;Pour ses rêves pieux‖ il cherche un autre gîte,Regrettant son jardin‖ sans fatigue arrosé.

Accablé de chaleur‖ il s’assied sur la route ;De son front irrité‖ l’eau tombe goutte à goutte :« Maudit ruisseau ! dit-il,‖ me résister ! frémir !Murmurer quand je parle !‖ ah ! je sais des entravesQui rendront avant peu‖ tes libertés esclaves ! »Et, rafraîchi d’espoir,‖ il se met à dormir.

Mais, tandis qu’à plein cœur‖ le derviche sommeille,L’oiseau dans le buisson,‖ la vigilante abeille,Le vent qui fait tourner‖ la feuille du bouleau,Tout imite une voix‖ soufflant à son oreille :« Dormez en paix, mon père,‖ et laissez couler l’eau. »

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
1(ababccddefef) 1(ababccddee) 1(abba) 1(abab) 1(aabccb) 1(aabab)
Mètre
Alexandrins surtout (37 de 12, 2 de 6, 1 de 8, 1 de 10)· profil 6, 6+6, (4+6), (8)
Strophes
2 quatrains, 1 douzain, 1 dizain, 1 sizain, 1 quintil
Mots à la rime
a cachée / penchée féminine, classiqueb cristal / égal masculine, classiquec murmure / Nature féminine, classiqued eaux / roseaux masculine, classiquee altérée / épurée féminine, classiquef tremblants / brûlants masculine, classiquea cellule / circule féminine, classiqueb secours / cours masculine, classiquec tracée / cadencée féminine, classiqued attachement / lourdement masculine, classiquee énorme / dorme féminine, classiquea courant / torrent masculine, classiqueb dormeuse / écumeuse féminine, classiquea s’agite / gîte féminine, classiqueb causé / arrosé masculine, classiquea route / goutte féminine, classiqueb frémir / dormir masculine, classiquec entraves / esclaves féminine, classiquea sommeille / abeille / oreille féminine, classiqueb bouleau / l’eau masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

41 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources