Poésies, 1830· Poésies inédites mélanges
Le ver luisant
Juin parfumait la nuit,‖ et la nuit transparenteN’était qu’un voile frais‖ étendu sur les fleurs :L’insecte lumineux,‖ comme une flamme errante,Jetait avec orgueil‖ ses mobiles lueurs.
« J’éclaire tout, dit-il,‖ et jamais la NatureN’a versé tant d’éclat‖ sur une créature !Tous ces vers roturiers‖ qui rampent au grand jour,Celui qui dans la soie‖ enveloppe sa vie,Cette plèbe des champs,‖ dont j’excite l’envie,Me fait pitié, me nuit‖ dans mon vaste séjour.Nés pour un sort vulgaire‖ et des soins insipides,Immobiles et froids‖ comme en leurs chrysalides,La nuit, sur les gazons,‖ je les vois sommeiller.Moi, lampe aventureuse,‖ au loin on me devine ;Étincelle échappée‖ à la source divine,Je n’apparais que pour briller.
Sans me brûler, j’allume‖ un phare à l’espérance ;De mes jeunes époux‖ il éveille l’amour ;Sur un trône de fleurs,‖ belles de ma présence,J’attire mes sujets,‖ j’illumine ma cour.
Et ces feux répandus‖ dans de plus hautes sphères,Ces diamants rangés‖ en phares gracieux,Ce sont assurément mes frèresQui se promènent dans les cieux.Les rois qui dorment mal‖ charment leur insomnieÀ regarder courir‖ ces légers rayons d’or ;Au sein de l’éclatante‖ et nocturne harmonie,C’est moi qu’ils admirent encor :Leur grandeur en soupire,‖ et rien dans leur couronneN’offre l’éclat, vivant‖ dont seul je m’environne ! »
Ainsi le petit ver‖ se délectait d’orgueil ;Il brillait. Philomèle,‖ à sa flamme attentive,Interrompt son hymne de deuilQue le soir rendait plus plaintive.Jalouse, ou rappelant‖ quelque exilé chéri,Mélodieuse encor‖ dans son inquiétude,Amante de ses pleurs‖ et de la solitude,Elle épuisait son cœur‖ d’un lamentable cri.N’ayant de tout le jour‖ cherché la moindre proie,Par instinct, sans projet, sans joie,Elle descend à la lueurQui sert de fanal pour l’atteindre ;Et, sans même goûter‖ de plaisir à l’éteindre,S’en nourrit, pour chanter‖ plus longtemps sa douleur.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 5[abab] 4[aa] 4[abba]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (35 de 12, 9 de 8)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a transparente / errante féminine, classiqueb fleurs / lueurs masculine, classiquea Nature / créature féminine, classiquea jour / séjour masculine, classiqueb vie / l’envie féminine, classiquea insipides / chrysalides féminine, classiquea sommeiller / briller masculine, classiqueb devine / divine féminine, classiquea l’espérance / présence féminine, classiqueb l’amour / cour masculine, classiquea sphères / frères féminine, classiqueb gracieux / cieux masculine, classiquea insomnie / harmonie féminine, classiqueb d’or / encor masculine, classiquea couronne / m’environne féminine, classiquea d’orgueil / deuil masculine, classiqueb attentive / plaintive féminine, classiquea chéri / cri masculine, classiqueb inquiétude / solitude féminine, classiquea proie / joie féminine, classiquea lueur / douleur masculine, classiqueb l’atteindre / l’éteindre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources