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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Épitres

À Madame de Maintenon

Antoinette Deshoulières· strophe unique, alexandrins et octosyllabes, 77 vers

TOI dont la piété,‖ la vertu, la sagesse,Sont les fruits d’un esprit‖ et d’un cœur sans faiblesse,Que sans étonnement‖ on ne peut regarder ;Toi que le ciel conduit‖ et traite en favorite,Maintenon, pour qui vient‖ de se raccommoderLa fortune avec le mérite ;Daigne par tes divins regardsRassurer mon âme éperdue.La carrière où je cours‖ ne présente à ma vueQue des périls de toutes parts.Combien de beaux-esprits‖ entendons-nous se plaindreDe n’avoir encor pu,‖ malgré tout leur savoir,Arriver à ce but‖ où je voudrais atteindre ?Mais cependant qu’aurais-je à craindreSi tu soutenais mon espoir ?N’es-tu pas en ces lieux‖ l’arbitre souveraineDe la gloire où nous aspirons ?Hélas ! sans ton aveu‖ follement nous couronsAprès cette chimère vaine.Aussi Rome vit autrefoisUn de ses citoyens‖ sorti du sang des rois,Sous un prince moins grand,‖ moins aimé, moins habileQue le héros‖ dont nous suivons les lois,Décider des chansons‖ d’Horace et de Virgile.Mais tandis que Mécène‖ était leur ferme appui,Son esprit vaste et fort,‖ à tout pouvant suffire,N’en soutenait pas moins‖ le fardeau de l’empire :Il partageait d’Auguste‖ et la joie et l’ennui.Encor que le ciel t’ait fait naîtreD’un sexe moins parfait peut-être,Il t’a fait un destin‖ plus beau, plus grand qu’à lui.La plus entière confiance,LOUIS ne l’a-t-il pas en toi ?Par ce qu’il commet à ta foi,N’a-t-il pas raccourci‖ l’effroyable distanceQue met la suprême puissanceEntre une sujette et son roi ?Mais, par le vif éclat‖ des vertus les plus pures,Tu brilles plus encor‖ que par tant de grandeurs ;Et tu n’as point ces fiertés duresQui font aux malheureux‖ sentir tous leurs malheurs.Tes soins ont prévenu‖ les tristes aventuresOù l’extrême besoin‖ jette les jeunes cœurs.Ah ! que ces soins pieux‖ chez les races futuresT’attireront d’adorateurs ?Contre la cruauté‖ des fières destinéesIls donnent, ces soins généreux,Un asyle sacré,‖ vaste, durable, heureux,À d’illustres infortunées.Quelle gloire pour toi,‖ modeste Maintenon,Dans un si beau dessein‖ d’avoir servi de guideÀ ce grand roi qui vient‖ d’éterniser son nomPar une piété solide !Souvent cette vertu‖ n’est pas avec ses sœurs :Elle fuit de la cour‖ la pompe et les douceurs :Mais son fameux exemple‖ aujourd’hui l’y rappelle ;La naissance, l’esprit‖ et la valeur, sans elle,Ne conduisent plus aux honneurs.Maintenon, dans ces vers‖ c’est mon cœur qui s’explique ;À tes grands destins j’applaudis.Loin de savoir flatter,‖ apprends que je me piqueDe cette candeur héroïqueQu’au nombre des vertus‖ on recevait jadis.Triste jouet du sort,‖ mais désintéressée,Par un solide espoir‖ je ne suis point poussée ;Et je t’admire enfin‖ puisque je te le dis.Non, depuis que des dieux‖ je parle le langage,Je n’ai point, on le sait,‖ prodigué mon encens.Je n’avais avant toi‖ jamais rendu d’hommageQu’à LOUIS seul, pour qui je sensToute la tendresse où s’engageUn cœur respectueux et sageQui s’est mis au-dessus‖ du commerce des sens.Goûte donc un plaisir‖ que ne connaît personne,Hors le héros que je chéris.Les louanges sont d’un grand prixLorsque c’est le cœur qui les donne.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[aa] 4[abab] 4[abba] 1[abaab] 1[aabab] 1[abbacca] 1[abbaab] 1[aabba] 1[abaabccb] 1[ababccb]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (46 de 12, 30 de 8, 1 de 10)· profil 8, 6+6, (4+6)
Mots à la rime
a sagesse / faiblesse féminine, classiquea regarder / raccommoder masculine, classiqueb favorite / mérite féminine, classiquea regards / parts masculine, classiqueb éperdue / vue féminine, classiquea plaindre / atteindre / craindre féminine, classiqueb savoir / espoir masculine, classiquea souveraine / vaine féminine, classiqueb aspirons / courons masculine, classiquea autrefois / rois / lois masculine, classiqueb habile / Virgile féminine, classiquea appui / l’ennui / lui masculine, classiqueb suffire / l’empire féminine, classiquec naître / peut-être féminine, classiquea confiance / distance / puissance féminine, classiqueb toi / foi / roi masculine, classiquea pures / dures féminine, classiqueb grandeurs / malheurs masculine, classiquea aventures / futures féminine, classiqueb cœurs / d’adorateurs masculine, classiquea destinées / infortunées féminine, classiqueb généreux / heureux masculine, classiquea Maintenon / nom masculine, classiqueb guide / solide féminine, classiquea sœurs / douceurs / honneurs masculine, classiqueb rappelle / elle féminine, classiquea s’explique / pique / héroïque féminine, classiqueb j’applaudis / jadis / dis masculine, classiquec désintéressée / poussée féminine, classiquea langage / d’hommage féminine, classiqueb encens / sens masculine, classiquec s’engage / sage féminine, classiquea personne / donne féminine, classiqueb chéris / prix masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

77 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources