Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Épitres
À Monsieur de Benserade
ILLUSTRE Damon, votre absenceCommence enfin à m’alarmer ;Hé quoi ! cesseriez-vous d’aimerAussitôt que l’hiver commence ?Revenez dans ces lieux ;‖ tout y parle de vous ;L’amour vous invite à paraître ;Suivez ses ordres, mon cher maître :De ses droits l’amour est jaloux ;Redoutez son juste courroux.Que faites-vous à la campagneLorsque les fougueux aquilonsDésolent les bois, les vallons ?N’auriez-vous pas quelque compagne ?Ce soupçon fait frémir mon cœur ;De mon cruel destin‖ je connais la rigueur.Vous ne m’aimez plus, et je gageQue vous suivrez le bel usageQui rend sans crime un cœur volage.Mais ne serait-ce point aussiQue, pour entrer dans la querelleDe ce malherbien fidèleDont un précieux prix‖ fit en vain le souci,Vous osez, faible amant,‖ m’abandonner ainsi ?Pour vous voir condamner,‖ Damon, je vous appelleDevant les juges que voici.Ce sont tous gens dont la prudenceSur celle de Nestor‖ emporte la balance.L’amoureux Boyer par avanceS’est déclaré mon protecteur.Perrault, des anciens la terreur,S’armera de raisons‖ contre votre inconstance ;Charpentier, au teint vif et frais,Et dont la divine éloquenceÀ l’immortalité‖ passera sans relais,Soutiendra, j’en suis sûre,‖ avec que violence,Qu’heureux ou malheureux,‖ un cœur ne doit jamaisSortir de mon obéissance.Quinault, des plaisirs le soutien,Et les délices de la France,Vous donnera pour pénitenceD’aimer long-temps sans espérance.Le bon abbé du Val-ChrétienPrendra, s’il s’en souvient,‖ avec soin ma défense.Mais pour le Clerc, je n’en sais rien.Lavaux, dont la vertu‖ mérite qu’on le nommeUn jour à l’évêché de Rome,Et dont l’esprit est juste‖ et rempli d’équité,Sera, Damon, de mon côté.Si vous en voulez davantagePour vous ramener sous mes lois,J’y pourrai joindre le suffrageDu galant et docte Ménage,Qui de l’académie‖ a refusé le choix.Cependant n’allez pas‖ trop craindre ma colère ;La prudence permet‖ de suivre les saisons ;Aujourd’hui l’on rirait‖ si, d’un air trop sévère,Je refusais, Damon,‖ d’écouter vos raisons…
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 2[abba] 1[abbaa] 3[aa] 1[aaa] 1[abbaaba] 1[abaccb] 1[ababab] 1[abbbaba] 1[abaab] 1[abab]
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (39 de 8, 18 de 12)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a absence / commence féminine, classiqueb m’alarmer / d’aimer masculine, classiquea vous / jaloux / courroux masculine, classiqueb paraître / maître féminine, classiquea campagne / compagne féminine, classiqueb aquilons / vallons masculine, classiquea cœur / rigueur masculine, classiquea gage / usage / volage féminine, classiquea aussi / souci masculine, classiqueb querelle / fidèle / appelle féminine, classiquea ainsi / voici masculine, classiquea prudence / balance féminine, classiquea avance / inconstance féminine, classiquec protecteur / terreur masculine, classiquea frais / relais / jamais masculine, classiqueb éloquence / violence féminine, classiqueb obéissance / France féminine, classiquea soutien / Val-Chrétien / rien masculine, classiqueb pénitence / espérance / défense féminine, classiquea nomme / Rome féminine, classiquea d’équité / côté masculine, classiquea davantage / suffrage / Ménage féminine, classiqueb lois / choix masculine, classiquea colère / sévère féminine, classiqueb saisons / raisons masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
57 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources