Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Épitres
À Monsieur l’abbé de Lavau,
DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE
IL est aujourd’hui votre fête,Et de ces agréables fleursDont le temps ne saurait‖ effacer les couleursMa main devrait, abbé,‖ couronner votre tête ;Mais, hélas ! depuis quelques joursJe cherche en vain sur le ParnasseCes vives fleurs que rien n’efface,Et que vous y cueillez toujours.Que vous donner donc à leur place ?Un simple bonjour ? C’est trop peu :Mon cœur ? C’est un peu trop,‖ quoique sa saison passe,Il ne faut même pas,‖ de votre propre aveu,Que jamais de son cœur‖ mon sexe se défasse ;Et d’ailleurs, dans le train‖ où vous a mis la grâce,Train qui chez vous n’est point un jeu,Le présent d’un cœur embarrasse.
Je sais que depuis quelque tempsOn donne pour bouquet‖ des bijoux importans.Mais quand vous verrez la fortune,Demandez-lui si dans ces lieuxOù les Muses chantent le mieuxElle daigne en mettre quelqu’uneEn pouvoir de donner‖ des bijoux précieux.Pas une des neuf Sœurs‖ par elle n’est aidée.Abbé, le nom de bel espritIci ne donne point d’idéeDe gloire, d’aise, de crédit,Comme de certains noms‖ qui, d’abord qu’on les dit,Tout pauvres qu’ils sont par eux-mêmes,Remplissent l’esprit de trésors,De voluptés, d’honneurs suprêmes ;Partout excellens passe-portsDes vices de l’âme et du corps.Je m’égare, et je moralisePeut-être un peu hors de saison.Qu’y faire ? Malgré la raison,Dans tout ce qu’on écrit‖ on se caractérise.Cependant revenons à vous.Tâchons par des souhaits‖ à nous tirer d’affaire.Je sais que c’est ne donner guère :Mais ceux que la nature‖ a formés comme nous,D’un limon moins grossier‖ que le limon vulgaire,Trouvent des charmes aussi douxDans les souhaits d’un cœur sincèreQue dans les plus riches bijoux.
Ce n’est ni du savoir,‖ ni de l’esprit solide,Ni de la piété‖ qu’il faut vous souhaiter ;Vous en avez assez,‖ abbé, pour en prêter.Est-ce une conduite rigide ?Est-ce une probité‖ sur qui pouvoir compter ?Encor moins. Votre cœur‖ jamais ne vous exposeAux déréglemens, aux noirceursQue la faiblesse humaine cause :Et sur le mérite et les mœursOn pourrait défier‖ les plus fins connaisseursDe vous souhaiter quelque chose.
Tout ce qu’une femme résoutArrive bien ou mal,‖ comme il est dans sa tête.Je veux par des souhaits‖ célébrer votre fête ;Et j’en trouve un à faire‖ enfin selon mon goût.Je ne sais s’il sera du vôtre,Abbé, le voici sans façon.Saint LOUIS est votre patron :LOUIS - LE -G RAND en est un autre,Au gré de bien des gens,‖ pour le moins aussi bon.Que pour vous faire un sort‖ qui soit digne d’envie,Leurs soins, à votre égard,‖ se partagent ainsi :Que l’un, lorsqu’à cent ans‖ vous sortirez d’ici,Vous procure les biens‖ de l’éternelle vie ;Et que l’autre vous rende‖ heureux en celle-ci.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 5[abba] 1[ababccbc] 1[aa] 4[abbab] 2[ababb] 1[abab] 1[ababba]
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (41 de 8, 29 de 12)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a fête / tête féminine, classiqueb fleurs / couleurs masculine, classiquea jours / toujours masculine, classiqueb Parnasse / n’efface féminine, classiquea place / passe féminine, classiqueb peu / aveu / jeu masculine, classiquec défasse / grâce / embarrasse féminine, classiquea temps / importans masculine, classiquea fortune / quelqu’une féminine, classiqueb lieux / mieux / précieux masculine, classiquea aidée / d’idée féminine, classiqueb esprit / crédit / dit masculine, classiquea eux-mêmes / suprêmes féminine, classiqueb trésors / passe-ports / corps masculine, classiquea moralise / caractérise féminine, classiqueb saison / raison masculine, classiquea vous / nous masculine, classiqueb d’affaire / guère féminine, classiquea vulgaire / sincère féminine, classiqueb doux / bijoux masculine, classiquea solide / rigide féminine, classiqueb souhaiter / prêter / compter masculine, classiquea expose / cause / chose féminine, classiqueb noirceurs / mœurs / connaisseurs masculine, classiquea résout / goût masculine, classiqueb tête / fête féminine, classiquea vôtre / autre féminine, classiqueb façon / patron / bon masculine, classiquea d’envie / vie féminine, classiqueb ainsi / d’ici / celle-ci masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources