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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Élégie

« GÉNÉREUX Licidas, ami sage et fidèle »

Antoinette Deshoulières· distiques, alexandrins, 54 vers

GÉNÉREUX Licidas,‖ ami sage et fidèle,Dont l’esprit est si fort,‖ de qui l’âme est si belle ;Vous de qui la raison‖ ne fait plus de faux pas,Ah ! qu’il vous est aisé‖ de dire n’aimez pas !Quand on connaît l’Amour,‖ ses caprices, ses peines ;Quand on sait comme vous‖ ce que pèsent ses chaînes.Sage par ses malheurs,‖ on méprise aisémentLes douceurs dont il flatte‖ un trop crédule amant.Mais quand on n’a pas fait‖ la triste expérienceDes jalouses fureurs,‖ des dépits, de l’absence ;Que, pour faire sentir‖ ses redoutables feux,Il ne paraît suivi‖ que des ris et des jeux ;Qu’un cœur résiste mal‖ à son pouvoir suprême !Que de soins, que d’efforts‖ pour empêcher qu’il n’aime !Je sais ce qu’il en coûte,‖ et peut-être jamaisL’Amour n’a contre un cœur‖ émoussé tant de traits.Insensible au plaisir,‖ insensible à la gloireQue promet le succès‖ d’une illustre victoire,Je ne suis point encor‖ tombée en ces erreursQui donnent de vrais maux‖ pour de fausses douceurs :Mes sens sur ma raison‖ n’ont jamais eu d’empire,Et mon tranquille cœur‖ ne sait comme on soupire.Il l’ignore, berger ;‖ mais ne présumez pasQu’un tendre engagement‖ fût pour lui sans appas.Ce cœur, que le ciel fit‖ délicat et sincère,N’aimerait que trop bien,‖ si je le laissais faire.Mais, grâce aux immortels,‖ une heureuse fiertéSur un si doux penchant‖ l’a toujours emportéSans cesse je me dis‖ qu’une forte tendresseEst, malgré tous nos soins,‖ l’écueil de la sagesse :Je fuis tout ce qui plaît,‖ et je sais m’alarmerDès que quelqu’un paraît‖ propre à se faire aimer.Comme un subtil poison‖ je regarde l’estime,Et je crains l’amitié,‖ bien qu’elle soit sans crime.Pour sauver ma vertu‖ de tant d’égaremens,Je ne veux point d’amis‖ qui puissent être amans.Quand par mon peu d’appas‖ leur raison est séduite,Je cherche leurs défauts,‖ j’impose à leur mérite ;Rien, pour les ménager,‖ ne me paraît permis,Et dans tous mes amans‖ je vois mes ennemis.À l’abri d’une longue‖ et sûre indifférence,Je jouis d’une paix‖ plus douce qu’on ne pense ;L’esprit libre de soins,‖ et l’âme sans amour,Dans le sacré vallon‖ je passe tout le jour :J’y cueille avec plaisir‖ cent et cent fleurs nouvellesQui braveront du temps‖ les atteintes cruelles ;Et, pour suivre un penchant‖ que j’ai reçu des cieux,Je consacre ces fleurs‖ au plus jeune des dieux.Par un juste retour‖ on dit qu’il sait répandreSur tout ce que j’écris‖ un air galant et tendre.Il n’ose aller plus loin :‖ et sur la foi d’autrui,Tantôt je chante pour,‖ et tantôt contre lui.Heureuse si les maux‖ dont je feins d’être atteintePour mon timide cœur‖ sont toujours une feinte !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
27((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distique
Mots à la rime
a fidèle / belle féminine, classiqueb pas masculine, classiquea peines / chaînes féminine, classiqueb aisément / amant masculine, classiquea expérience / l’absence féminine, classiqueb feux / jeux masculine, classiquea suprême / n’aime féminine, classiqueb jamais / traits masculine, classiquea gloire / victoire féminine, classiqueb erreurs / douceurs masculine, classiquea d’empire / soupire féminine, classiqueb pas / appas masculine, classiquea sincère / faire féminine, classiqueb fierté / emporté masculine, classiquea tendresse / sagesse féminine, classiqueb m’alarmer / aimer masculine, classiquea l’estime / crime féminine, classiqueb d’égaremens / amans masculine, classiquea séduite / mérite féminine, classiqueb permis / ennemis masculine, classiquea indifférence / pense féminine, classiqueb amour / jour masculine, classiquea nouvelles / cruelles féminine, classiqueb cieux / dieux masculine, classiquea répandre / tendre féminine, classiqueb d’autrui / lui masculine, classiquea atteinte / feinte féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources