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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de Madame Deshoulières, 1688· Ode

« Toi par qui les mortels rendent leurs noms célèbres »

Antoinette Deshoulières· alexandrins et octosyllabes, 100 vers

le soin que le Roi prend de l’éducation de sa noblesse dans ses places et dans Saint-Cyr, laquelle remporta le prix à l’Académie française.1687.

Toi par qui les mortels‖ rendent leurs noms célèbres,Toi que j’invoque ici‖ pour la première fois,De mon esprit confus‖ dissipe les ténèbres,Et soutiens ma timide voix.Le projet que je fais‖ est hardi, je l’avoue ;Il aurait effrayé‖ le pasteur de Mantoue,Et j’en connais tout le danger.Mais, Apollon, par toi‖ si je suis inspirée,Mes vers pourront des siens‖ égaler la durée :Hâte-toi, viens m’encourager.

Dieu du jour, tu me dois‖ le secours que j’implore :C’est ce héros si grand,‖ si craint dans l’univers,Le protecteur des arts,‖ LOUIS, que l’on adore,Que je veux chanter dans mes vers.Depuis que chaque jour‖ tu sors du sein de l’onde,Tu n’as rien vu d’égal‖ dans l’un et l’autre monde,Ni si digne du soin des dieux,C’est peu pour en parler‖ qu’un langage ordinaire ;Et pour le bien louer‖ ce n’est point assez faire,Dès que l’on pourra faire mieux.

Il sait que triompher‖ des erreurs et des vices,Répandre la terreur‖ du Gange aux flots glacés,Élever en tous lieux‖ de pompeux édifices,Pour un grand Roi n’est pas assez :Qu’il faut, pour bien remplir‖ ce sacré caractère,Qu’au dessein d’arracher‖ son peuple à la misèreCèdent tous ses autres projets ;Et que, quelque fierté‖ que le trône demande,Il faut à tous momens‖ que sa bonté le rendeLe père de tous ses sujets.

À peine a-t-il calmé‖ les troubles de la terre,Que ce sage héros‖ consulte avec la paixLes moyens d’effacer‖ les troubles de la guerrePar de mémorables bienfaits.Il dérobe les cœurs‖ de sa jeune noblesseAux funestes appas‖ d’une indigne mollesse,Compagne d’un trop long repos.France, quels soins pour toi‖ prend ton auguste maîtreIls s’en vont pour jamais‖ dans ton sein faire croîtreUn nombre infini de héros.

Il établit pour eux‖ des écoles savantesOù l’on règle à la fois‖ le courage et les mœurs,D’où l’on les fait entrer‖ dans ces routes brillantesQui mènent aux plus grands honneurs.On leur enseigne l’art‖ de forcer les murailles,De bien asseoir un camp,‖ de gagner des batailles,Et de défendre des remparts.Dignes de commander‖ au sortir de l’enfance,Ils verront la Victoire,‖ attachée à la France,Ne suivre que ses étendards.

Tel cet Être infini‖ dont LOUIS est l’image,Par les secrets ressorts‖ d’un pouvoir absolu,Des différens périls‖ où la misère engageSut délivrer son peuple élu.Long-temps dans un désert,‖ sous de fidèles guides,Il conduisit ses pas‖ vers les vertus solides,Source des grandes actions,Et, quand il eut acquis‖ de parfaites lumières,Il lui fit subjuguer‖ des nations entières,Terreur des autres nations.

Mais c’est peu pour LOUIS‖ d’élever dans ses placesLes fils de tant de vieux‖ et fidèles guerriersQui, dans les champs de Mars,‖ en marchant sur ses tracesOnt fait des moissons de lauriers.Pour leurs filles il montre‖ autant de prévoyanceDans l’asile sacré‖ qu’il donne à l’innocenceContre tout ce qui la détruit :Et par les soins pieux‖ d’une illustre personneQue le sort outragea,‖ que la vertu couronne,Un si beau dessein fut conduit.

Dans un superbe enclos‖ où la sagesse habite,Où l’on suit des vertus‖ le sentier épineux,D’un âge plein d’erreurs‖ mon faible sexe éviteLes égaremens dangereux.D’enfans infortunés‖ cent familles chargéesDu soin de les pourvoir‖ se trouvent soulagées :Quels secours contre un sort ingrat !Par lui ce héros paie,‖ en couronnant leurs peines,Le sang dont leurs aïeux‖ ont épuisé leurs veinesPour la défense de l’état.

Ainsi dans les jardins‖ l’on voit de jeunes plantes,Qu’on ne peut conserver‖ que par des soins divers,Vivre et croître à l’abri‖ des ardeurs violentes,Et de la rigueur des hivers :Par une habile main‖ sans cesse cultivées,Et d’une eau vive et pure‖ au besoin abreuvées,Elles fleurissent dans leur temps ;Tandis qu’à la merci‖ des saisons orageuses,Les autres, au milieu‖ des campagnes pierreuses,Se flétrissent dès leur printemps.

Mais quel brillant éclair‖ vient de frapper ma vue ?Qui m’appelle ? qu’entends-je ?‖ et qu’est-ce que je vois ?Mon cœur est transporté‖ d’une joie inconnue :Quels sont ces présages pour moi ?Ne m’annoncent-ils point‖ que je verrai la chuteDes célèbres rivaux‖ avec qui je disputeL’honneur de la lice où je cours ?Que de gloire ! et quel prix !‖ si le ciel me l’envoieLe portrait de LOUIS‖ à mes regards en proieLes occupera tous les jours.

Versification

Mètre
Alexandrins et octosyllabes (70 de 12, 30 de 8)· profil 8, 6+6

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100 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, THÉOPHILE BERQUET, LIBRAIRE, 1824· numérisation wikisource.org· Sources