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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les lèvres closes, 1867

La nuit de juin

Léon Dierx· strophe unique, alexandrins, 54 vers

A J-M De Heredia.

La nuit glisse à pas lents‖ sous les feuillages lourds ;Sur les nappes d’eau morte‖ aux reflets métalliques,Ce soir traîne là-bas‖ sa robe de velours ;Et du riche tapis‖ des fleurs mélancoliques,Vers les massifs baignés‖ d’une fine vapeur,Partent de chauds parfums‖ dans l’air pris de torpeur.Avec l’obsession‖ rythmique de la houle,Tout chargés de vertige,‖ ils passent, emportésDans l’indolent soupir‖ qui les berce et les roule.Les gazons bleus sont pleins‖ de féeriques clartés ;Sur la forêt au loin‖ pèse un sommeil étrange ;On voit chaque rameau‖ pendre comme une frange,Et l’on n’entend monter‖ au ciel pur aucun bruit.Mais une âme dans l’air‖ flotte sur toutes choses,Et, docile au désir‖ sans fin qui la poursuit,D’elle-même s’essaye‖ à ses métempsycoses.Elle palpite et tremble,‖ et comme un papillon,À chaque instant, l’on voit‖ naître dans un rayonUne forme inconnue‖ et faite de lumière,Qui luit, s’évanouit,‖ revient et disparaît.Des appels étouffés‖ traversent la clairièreEt meurent longuement‖ comme expire un regret.Une langueur morbide‖ étreint partout les sèves ;Tout repose immobile,‖ et s’endort ; mais les rêvesQui dans l’illusion‖ tournent désespérés,Voltigent par essaims‖ sur les corps léthargiquesEt s’en vont bourdonnant‖ par les bois, par les prés,Et rayant l’air du bout‖ de leurs ailes magiques.— Droite, grande, le front‖ hautain et rayonnant,Majestueuse ainsi‖ qu’une reine, traînantLe somptueux manteau‖ de ses cheveux sur l’herbe,Sous les arbres, là-bas,‖ une femme à pas lentsGlisse. Rigidement,‖ comme une sombre gerbe,Sa robe en plis serrés‖ tombe autour de ses flancs.C’est la nuit ! Elle étend‖ la main sur les feuillages,Et tranquille, poursuit,‖ sans valets et sans pages,Son chemin tout jonché‖ de fleurs et de parfums.Comme sort du satin‖ une épaule charnue,La lune à l’horizon‖ sort des nuages bruns,Et plus languissamment‖ s’élève large et nue.Sa lueur filtre et joue‖ à travers le treillisDes feuilles ; et, par jets‖ de rosée aux taillis,Caresse, en la sculptant‖ dans sa beauté splendide,Cette femme aux yeux noirs‖ qui se tourne vers moi.Enveloppée alors‖ d’une auréole humide,Elle approche, elle arrive :‖ et, plein d’un vague effroi,Je sens dans ces grands yeux,‖ dans ces orbes sans flamme,Avec des sanglots sourds‖ aller toute mon âme.Doucement sur mon cœur‖ elle pose la main.Son immobilité‖ me fascine et m’obsède,Et roidit tous mes nerfs‖ d’un effort surhumain.Moi qui ne sais rien d’elle,‖ elle qui me possède,Tous deux nous restons là,‖ spectres silencieux,Et nous nous contemplons‖ fixement dans les yeux.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
9[abab] 9[aa]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a lourds / velours masculine, classiqueb métalliques / mélancoliques féminine, classiquea vapeur / torpeur masculine, classiquea houle / roule féminine, classiqueb emportés / clartés masculine, classiquea étrange / frange féminine, classiquea bruit / poursuit masculine, classiqueb choses / métempsycoses féminine, classiquea papillon / rayon masculine, classiquea lumière / clairière féminine, classiqueb disparaît / regret masculine, classiquea sèves / rêves féminine, classiquea désespérés / prés masculine, classiqueb léthargiques / magiques féminine, classiquea rayonnant / traînant masculine, classiquea l’herbe / gerbe féminine, classiqueb lents / flancs masculine, classiquea feuillages / pages féminine, classiquea parfums / bruns masculine, classiqueb charnue / nue féminine, classiquea treillis / taillis masculine, classiquea splendide / humide féminine, classiqueb moi / effroi masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiquea main / surhumain masculine, classiqueb m’obsède / possède féminine, classiquea silencieux / yeux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, tome I, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1925· numérisation poesies.net· Sources