Autour du chat noir, 1926· Souvenirs
La fève
Tu nous dindonneras encor plus d’une fois,Chère âme, et près des tiens nos moyens sont infimes.Je me souviens toujours d’un dîner que nous fîmes,Un beau soir, dans Auteuil, à la porte du Bois.
Et tu faisais de l’œil à ton voisin de face,Et tu faisais du pied à tes deux amoureuxÀ gauche, à droite, et ton amant était heureux,Car tu lui souriais tout de même avec grâce.
Ah ! tu n’es pas la femme aux sentiments étroitsQu’une fidélité trop exclusive gêne.Entre tous Pierre, Paul, Jean, Jacque, Alphonse, Eugène,
Tu partages ton cœur comme un gâteau des Rois.Et, si grand est ton art, aimable fille d’Ève,Que chacun se croit seul à posséder la Fève.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Autour du chat noir, Paris, Bernard Grasset, 1926· numérisation wikisource.org· Sources