Autour du chat noir, 1926· Souvenirs
Les vieux messieurs
Plus laids que des prêtres bouddhistes,Ils s’en vont, suivant les modistes,Avec des airs astucieux,Les vieux Messieurs.
Sur le galbe exquis de leurs jambes,Ils leur chantent des dithyrambesSuperlificoquentieux,Les vieux Messieurs.
Et les petites, dans ces rôlesD’amoureux, les trouvent « rien drôles »Et pas du tout délicieux,Les vieux Messieurs.
Mais comme ils offrent des toilettesClaires, des soupers, des galettesFolles, des bijoux précieuxLes vieux Messieurs,
Elles prêtent, d’un air modeste.L’oreille et même tout le resteDe leur petit corps gracieuxAux vieux Messieurs.
Et les Nanas et les TitinesVont partager sous les courtinesLes mille jeux facétieuxDes vieux Messieurs.
Il faut beaucoup d’intelligence :Ils sont d’une grande exigenceEt surtout très minutieuxLes vieux Messieurs.
Ces bons vieillards aux faces blêmesVeulent être aimés pour eux-mêmes :Ils sont vraiment ambitieuxLes vieux Messieurs.
D’autant que leur force amoindrieNe leur permet plus la série :Les excès sont pernicieuxAux vieux Messieurs.
Au bois de lit cueillant la fraise,Une fois, oui, mais jamais treize ;Car ils sont superstitieuxLes vieux Messieurs.
Et si, dans les bras d’Eudoxie,Ils meurent d’une apoplexieDieu, vieux Monsieur, reçoit aux cieuxLes vieux Messieurs.
Roy des Églises cathédrales,En somme elles sont très moralesCes flèches que nous décochonsAux vieux Messieurs.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Autour du chat noir, Paris, Bernard Grasset, 1926· numérisation wikisource.org· Sources