Autour du chat noir, 1926· Souvenirs
Sonnet
J’ai refait le sonnet d’Arvers
À l’envers.
Mon âme est sans secret, ma vie est sans mystère,Un déplorable amour en un moment conçu ;Mon malheur est public, je n’ai pas pu le taire :Quand elle m’a trompé, tout le monde l’a su.
Aucun homme à ses yeux ne passe inaperçu ;Son cœur par-dessus tout craint d’être solitaire ;Puisqu’il faut être deux pour le bonheur sur terre,Le troisième par elle est toujours bien reçu.
Seigneur, vous l’avez faite altruiste et si tendreQue, sans se donner toute, elle ne peut entendreLe plus discret désir murmuré sous ses pas.
Et, fidèle miroir d’une chère infidèle,Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle :« Je connais cette femme »… et n’insistera pas.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Autour du chat noir, Paris, Bernard Grasset, 1926· numérisation wikisource.org· Sources