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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Autour du chat noir, 1926· Souvenirs

Parfums

Maurice Donnay· 68 vers

Roses et lis se faneront,Poursuivant leurs métempsycoses,Puis d’autres lis et d’autres rosesAux verts jardins refleuriront.

Et, toujours, au long des années,Les roses et les lis défuntsLègueront les mêmes parfumsAux fleurs des mêmes tiges nées

Tels les fils des nobles maisonsLèguent leurs armes bien acquises,Car les parfums sont les devisesDes fleurs aux diaprés blasons.

Mais, dans leurs amours vagabondes,Hélas ! nos maîtresses s’en vont,Emportant le secret profondDe leurs senteurs brunes ou blondes.

C’est en vain qu’elles ont laisséDans les grands flacons des toilettesL’âme douce des violettes ;C’est en vain qu’elles ont versé

Les œillets blancs et les verveines ;Mais leurs parfums mystérieux,Les chauds parfums luxurieuxDissous dans leur chair et leurs veines,

Avec elles sont envolés !Lorsqu’un jour, ô changeante, lasseD’aimer, tu laisseras ta placeVide en mes bras inconsolés,

Je retrouverai dans tes lettresAu ton caressant ou moqueurTout ton esprit et tout ton cœur.Te voyant si belle, les Maîtres,

Comme pour l’antique CyprisAuront choisi des marbres dignesDe tes harmonieuses lignes ;Des peintres, esthètes épris,

Te célébreront sur leurs toiles,Ayant cherché pendant longtemps,Si tes grands yeux inquiétantsSont couleur de mer ou d’étoiles ;

Ils perpétueront ta blancheur,Ils éterniseront la neigeDe ta poitrine ; mais qu’aurai-jePour me rappeler ton odeur ?

Cette odeur dont tu me pénètres,Qui, dans l’extase de tes sens,Montant de toi comme l’encensMonte de l’encensoir des prêtres

Fait plus attachants tes baisers ;Et, comme ces plantes malaisesEn de voluptueux malaisesProstrant les fumeurs névrosés,

Par une invincible habitudeM’attache à ton amour trompeurEt me rend plus noire la peurDe rentrer dans ma solitude.

Or j’ai souhaité bien souventQuand je te voyais endormie,Par une secrète alchimieCapter ce parfum décevant

Qui sur ta lèvre rose rôde,Distiller cet arôme cherQui s’évapore de ta chair ;Et, pour ces essences qu’en fraude

Moi seul aurais su préparerDans l’or mat et le cristal lisse,Je taillerais un pur caliceOù je viendrais te respirer.

68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Autour du chat noir, Paris, Bernard Grasset, 1926· numérisation wikisource.org· Sources