Autour du chat noir, 1926· Souvenirs
Orientale
Je suis venu, pâle étranger,Dans la blanche ville d’Alger ;Mais j’eus tort de me déranger.
Les cigarettes parfumées,Ni les pastilles consuméesNe m’ont embelli les almées.
Moukères aux amples falzarsEt pacotille des bazarsEurent le prévu des hasards.
Une vierge, peinte à la fresque,En pleine façade mauresqueM’a donné le mal de mer, presque.
Ni les Arbis aux blancs burnousQui ressemblent à des nounous(Saint Fromentin priez pour nous !)
Ni, devant d’étranges chambréesCertaines postures cambréesDe Fatmas aux gorges ambrées
Ne me reflétèrent jamaisL’Orient conté que j’aimaisHélas ! Et, plus d’une fois, mes
Illusions s’en sont allées,Au vent des paroles parléesPar d’aucunes femmes voilées.
Un matin, pour chasser l’ennui,Sitôt que le soleil a lui,Vers les champs, je me suis enfui.
Les palmiers aux feuilles en lattes,Avaient, dans les campagnes plates,Perdu la mémoire des dattes ;
En passant sous les bananiersLes bananes, maigres âniers,Ne pleuvaient pas dans vos paniers.
Et j’ai dit alors à mon hôte :« Ô Sidi, ta sagesse est haute,« Et pour sûr ce n’est pas ta faute.
« Mais je ne vois pas les lions.« Or, j’entre en des rebellions :« C’est des lions que nous voulions
« Où donc est le désert aride,« Où donc est le soleil torride,« Et le ciel bleu que rien ne ride.
« On trouve-t-on çà, dis, Sidi ?Et, grave, le Sidi m’a dit :— « On trouve ça dans le Midi. »
Frère, par ta bouche vermeilleOui, c’est Allah qui me conseille.Je vais retourner vers Marseille !
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Autour du chat noir, Paris, Bernard Grasset, 1926· numérisation wikisource.org· Sources