Les Étrivières, 1867‑1885· Deuxième Partie (1870-1871)
Encore Pierre Bonarparte !
Il a fui ! Pourquoi donc ?‖… Après tout, qu’il s’en aille,C’est un Bonaparte de moins.Son ombre salissait‖ en passant la muraille,Qu’il rasait pour fuir les témoins.Il sortait rarement‖ si ce n’est quand la brumeÉtendait ses voiles malsains,A cette heure où s’en vont‖ dans leur abject costume,Les grinches et les assassins.Ceux-ci le connaissaient.‖ — Ils disaient : — « C’est un frère ! »Ils ajoutaient : — « C’est un veinard ;Il est bien épaulé ;‖ le bougre peut tout faire,Et se tirer du traquenard ;Son cousin — l’Empereur,‖ — un des nôtres, encore !Ferme les yeux sur ses bons tours,
Comme il a le bras long,‖ il fait que tout s’ignore,On le fait acquitter à Tours ! »Il a fui ! — Pourquoi donc ?‖ Lorsque Paris en armesS’apprête à chasser l’étranger ;Quand les mères en deuil‖ même séchent leurs larmes,Songeant aux morts qu’il faut venger !Quand l’enfant transformé‖ demandant la bataille,L’œil intrépide, front levé,Ajuste un grand fusil‖ à sa petite taille,Et fait résonner le pavé ;Quand la Patrie enfin,‖ terrible, échevelée,Entonne : — « Aux armes ! Citoyens ! »Quand tous voudraient partir‖ dans l’ardente mêlée,Broyer les insolents Prussiens ;Quand le péril est grand,‖ quand c’est la mort peut-êtreQui sonne en France le tocsin,Infidèle à l’honneur,‖ au devoir ! — Lâche, traître,Il fuit, monseigneur l’assassin !Que craint-il ? Et pourquoi‖ déserte-t-il la lutte,A l’heure où le pays combat ?Ah ! C’est qu’il a déjà‖ flairé, senti la chute,De l’Empire qui se débat ;L’Empire conspué,‖ l’Empire impopulaire,Où son bras venait s’appuyer.Il a senti passer‖ comme un vent de colère,Le souvenir du 10 janvier !Tuer dans un salon,‖ derrière une broussaille,Rien de plus simple que cela.Mais se battre en plein jour,‖ en ligne de bataille,On s’esquive comme à Zaatcha !La fuite, n’est-ce pas‖ le refuge suprêmeDes aventuriers sans pudeur ?Il a fui ?… C’est fort bien !‖ — Il s’est jugé lui-même :Vil assassin et déserteur !
Paris, 11 Août 1870.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 12[abab]
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (24 de 8, 24 de 12)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a aille / muraille féminine, classiqueb moins / témoins masculine, classiquea brume / costume féminine, classiqueb malsains / assassins masculine, classiquea frère / faire féminine, classiqueb veinard / traquenard masculine, classiquea encore / s’ignore féminine, classiqueb tours / Tours masculine, classiquea armes / larmes féminine, classiqueb l’étranger / venger masculine, classiquea bataille / taille féminine, classiqueb levé / pavé masculine, classiquea échevelée / mêlée féminine, classiqueb Citoyens / Prussiens masculine, classiquea peut-être / traître féminine, classiqueb tocsin / l’assassin masculine, classiquea lutte / chute féminine, classiqueb combat / débat masculine, classiquea impopulaire / colère féminine, classiqueb s’appuyer / janvier masculine, classiquea broussaille / bataille féminine, classiqueb cela / Zaatcha masculine, classiquea suprême / lui-même féminine, classiqueb pudeur / déserteur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Étrivières, Paris, A. GAUTHERIN, 1898· numérisation gallica.bnf.fr· Sources