Les Étrivières, 1867‑1885· Deuxième Partie (1870-1871)
Metz Livré !!!
Quoi ! Metz après Sedan !‖ Judas après Cartouche !Bazaine après NapoléonDes infâmes, toujours !‖ Le mensonge à la bouche,Et dans le cœur la trahison !Les destins veulent-ils‖ que la France succombe ?Quoi ! du livre des nations,Veulent-ils l’effacer‖ et murer dans la tombe,L’astre aux éblouissants rayons ?Veulent-ils que la nuit‖ se fasse sur le monde,Et que, la France n’étant plus,Les peuples se heurtant‖ dans cette nuit profonde,Après le flux aient le reflux ?Non, Bonaparte ! non,‖ Bazaine ! non, ô Reîtres !Les destins conduisent ses pas ;Et malgré les complots‖ et malgré tous les traîtres,La France ne périra pas !Nous sentons redoubler‖ l’ardeur qui nous enflamme.Après un moment de stupeur,Le dégoût, le mépris‖ ont envahi notre âme,Mats non pas l’imbécile peur.Elle n’a pas de prise‖ au cœur du patriote ;Le péril accroît la valeur !Va ! tu trahis gratis,‖ ô louche Iscariote,Et la France et ton Empereur.Eh ! oui, ton Empereur,‖ le sire Bonaparte.Ne t’apprit-il pas en effetL’art de piper les dés,‖ de bizeauter la carte ?Tu le triches et c’est bien faitTu disais : — « Que m’importe‖ à moi la dynastie ?Elle est pour mon but un moyen,Avec plus de succès‖ renouons la partieOù j’ai joué Maximilien ! »Et l’homme de Sedan,‖ l’avachi, le despote,Que la Nation a vomi,Ne te devinant pas, singe de BernadotteT’appelait encor son ami !Tu manquas le Mexique‖ et tu crias : — « La chanceRend enfin mon rêve vainqueur. »Quand tu vis le Teuton‖ sombre, éventrer la France,Pour arriver jusques au cœur !
O soldats, qui vouliez‖ jusqu’à la dernière heure,Vaincre ou mourir, qu’avez-vous dit ?J’entends le vieil honneur‖ qui sanglote, qui pleure,Sous l’outrage de ce bandit !Ah ! Le tigre qui flaire‖ en acérant sa griffeEst moins cruel pour le troupeau !Pour immoler son Christ,‖ Judas laissait CaïpheFournir les clous et le marteau ?Mais Bazaine-Judas‖ aux tigres sanguinaires,Comme aux Caïphes sans pitié,Livre le Labarum‖ et les armes dernièresDe son pays crucifié !…Dites, est-il un mot,‖ une insulte, un outrage,Pour flétrir ce sinistre gueux ?Lâche, est doux ; — traître, est faible,‖ et la haine et la rageNe trouvent rien d’assez hideuxPour le stigmatiser !‖ — Sur l’opprobre il se hausseEt grouille dans l’impureté ;Il écoeure et fait peur !‖ — Cet homme est un colosseDe gigantesque saleté !Oh ! mais rassurez-vous,‖ et si l’insulte manque,Attendant l’heure des rachats,Citoyens, regardez‖ l’horrible saltimbanque,Et noyez-le dans vos crachats !
Paris, 30 Octobre 1870.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 16[abab]
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (32 de 8, 32 de 12)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a Cartouche / bouche féminine, classiqueb Napoléon / trahison masculine, classiquea succombe / tombe féminine, classiqueb nations / rayons masculine, classiquea monde / profonde féminine, classiqueb plus / reflux masculine, classiquea Reîtres / traîtres féminine, classiqueb pas masculine, classiquea enflamme / âme féminine, classiqueb stupeur / peur masculine, classiquea patriote / Iscariote féminine, classiqueb valeur / Empereur masculine, classiquea Bonaparte / carte féminine, classiqueb effet / fait masculine, classiquea dynastie / partie féminine, classiqueb moyen / Maximilien masculine, classiquea despote / Bernadotte féminine, classiqueb vomi / ami masculine, classiquea chance / France féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea heure / pleure féminine, classiqueb dit / bandit masculine, classiquea griffe / Caïphe féminine, classiqueb troupeau / marteau masculine, classiquea sanguinaires / dernières féminine, classiqueb pitié / crucifié masculine, classiquea outrage / rage féminine, classiqueb gueux / hideux masculine, classiquea hausse / colosse féminine, classiqueb l’impureté / saleté masculine, équivalentea manque / saltimbanque féminine, classiqueb rachats / crachats masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Étrivières, Paris, A. GAUTHERIN, 1898· numérisation gallica.bnf.fr· Sources