Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
« Garde ton âme égale au milieu des traverses »
Æquam memento rebus in arduis
Servare mentem…HORACE.
Garde ton âme égale au milieu des traverses.Quand les soucis fréquents et les peines diversesS’abattraient sur ton cœur pour le mettre en lambeaux,Comme sur un cadavre un essaim de corbeaux ;Oppose aux becs vaincus ton âme cuirassée :Dans une tour d’acier retranche ta pensée.Ton corps est vulnérable et ton cœur est de chair ;Ta pensée, en revanche, est plus libre que l’air.Quand tu verrais ton corps traîné sur une claie,Et ton cœur déchiré ne fût-il qu’une plaie,Tiens ton âme sereine au-dessus des douleurs,Et, par prévision, jouis de jours meilleurs.Car une voix tonnante au fond de les entraillesTe dit qu’après la vie, après les funérailles,Ton âme trouvera, tous ses liens brisés,Une joie infinie à d’immortels baisers.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources