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Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

Adieu aux roses

Pierre Dupont· 74 vers

Adieu, mes roses, vous mourez,Et, tout cet hiver, vous serezEn vos linceuls encloses,Mais au printemps refleurirez.

De mars en novembre, sans trêve,Mes beaux rosiers ont vu leur sève,Épanouie en plein soleil,Jaillir au sein du vert feuillageEn roses au gentil visage,Au teint de pourpre, au teint vermeil.

Adieu, mes roses, vous mourez,Et, tout cet hiver, vous serezEn vos linceuls encloses,Mais au printemps refleurirez.

Les bois ont vu les églantinesDe leurs corolles purpurinesÉtoiler ton joyeux buisson,Bel églantier où la fauvette,Quand se flétrit la violette,Cache son nid et sa chanson.

Adieu, mes roses, vous mourez,Et, tout cet hiver, vous serezEn vos linceuls encloses,Mais au printemps refleurirez.

Une habile métamorphoseDe l’églantine fait la rose ;Le sauvageon c’est l’églantier ;Greffez-y la tige choisie !La fleur d’amour, de poésie,La rose le change en rosier :

Adieu, mes roses, vous mourez,Et, tout cet hiver, vous serezEn vos linceuls encloses,Mais au printemps refleurirez.

Anacréon chante la rose ;C’est l’océan qui la déposeSur l’océan, comme Vénus ;Chantons la douce enchanteresse,Et savourons avec ivresseCes parfums rares si connus !

Adieu, mes roses, vous mourez,Et, tout cet hiver, vous serezEn vos linceuls encloses,Mais au printemps refleurirez.

Une larme de cette essenceEst un philtre dont la puissanceN’a pas d’égale sous le ciel ;C’est une céleste ambroisieQui fait entrer en frénésie,En extase, l’humble mortel.

Adieu, mes roses, vous mourrez,Et, tout cet hiver, vous serezEn vos linceuls encloses,Mais au printemps refleurirez.

Salomon le Sage la fête,Saadis, le divin poëte,Lui chante ses vers les plus purs ;Thibault à Blanche la rapporte :Dans Provins, jadis ville forte,La rose croît sur les vieux murs.

Adieu, mes roses, vous mourrez,Et, tout cet hiver, vous serezEn vos linceuls encloses,Mais au printemps refleurirez.

Avril renaît ; dans les ravinesTombent ces fruits, ces cornalinesDont l’oiseau, l’hiver, se nourrit ;Avec la rose se réveilleLe rossignol… Prêtez l’oreille !Il la chante toute la nuit.

Adieu, mes roses, vous mourez,Et, tout cet hiver, vous serezEn vos linceuls encloses,Mais au printemps refleurirez.

74 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources