Muse populaire, 1875· Muse populaire
Je veux battre les noix
Vite, ma ménagère,Ma bouteille et mon verreEt mon bonnet de molleton !Ce soir je veux tout battre,Faire le diable à quatre ;Jeanne, apporte-moi mon bâton.
Jeanne, prends garde aux coups de gaule !Déjà tu fais ta grosse épaule :Gare au chignon, gare à tes doigts,Je veux battre les noix.
L’année est bonne à pendre,On ne pourra rien vendre,On fera bien comme on pourra,S’il arrive une guerre !…Jusqu’aux pommes de terreQui sont mortes du choléra !
Jeanne, prends garde aux coups de gaule !Déjà tu fais ta grosse épaule :Gare au chignon, gare à tes doigts,Je veux battre les noix.
On a peur d’un déluge :Moi, j’aurais un refugeContre le jugement dernier.Quand il pleuvait à verse,J’ai mis ma tonne en perce,Et monté la cave au grenier.
Jeanne, prends garde aux coups de gaule !Déjà tu fais la grosse épaule :Gare au chignon, gare à tes doigts,Je veux battre les noix.
La campagne est en perte,Notre vendange est verte…Elle est plus verte qu’un lézardQui dans un pré s’ennuieAprès un mois de pluie.Jeanne ! le vin est en retard.
Jeanne, prends garde aux coups de gauleDéjà tu fais ta grosse épaule :Gare au chignon, gare à tes doigts,Je veux battre les noix.
J’aurai la langue noire,Je ne pourrai pas boireTout mon content de ma boisson ;Jeanne ! reste tranquille,A ta quenouille file,Et ne me fais pas de garçon.
Jeanne, prends garde aux coups de gaule !Déjà tu fais ta grosse épaule :Gare au chignon, gare à tes doigts,Je veux battre les noix.
50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources