Muse populaire, 1875· Muse populaire
L’homme de la roche
Je suis l’homme de la roche,On tremble à mon approche.
J’ai mon troupeau pour me nourrir,Mon troupeau de chèvres errantes ;Et leur lait, qui ne put tarir,Sent le thym et les amarantes.Un brigand du pays voisin,Pour un peu de lait de ces chèvres,Chaque soir approche à mes lèvresSon outre de vin.
Je suis l’homme de la roche,On tremble à mon approche.
La montagne abonde en chevreuil,Malheur au gibier qui s’arrêteA la distance de mon œil :J’ai toujours une balle prête.Je suis bon pour un coup de main,Et les brigands de la contréeMe font partager la curéeSur le grand chemin.
Je suis l’homme de la roche,On tremble à mon approche.
J’ai des refrains et des chansonsPour les bergères des collines,Qui cueillent parmi les buissonsLes mûres et les avelines.Ma voix est un souffle du mal,Malheur à celle qui m’écoute !Mon chant lui verse goutte à goutteUn philtre infernal.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources