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un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

L’hospitalité

Pierre Dupont· 72 vers

A MADAME B***

N’es-tu que la déesse antiqueVivante en un marbre sculpté,Vertu pieuse et domestiqueQu’on nomme l’hospitalité ?Tu m’apparais sous une imageQui parle mieux à mon regard :C’est, en un riant paysage,Une hôtesse bonne et sans art.

Eh ! bonjour, madame l’hôtesse !Du logis tirez les verrous.« Sur le seuil laissez la tristesse,« Et venez, vous êtes chez vous. »

Sa maison est l’hôtellerieQui d’enseigne n’a pas besoin ;L’avenue est verte et fleurie,Son parfum l’annonce de loin.Son escalier de pierre griseEst doux au pas de l’étranger,Qui sent au passage une briseDe chèvrefeuille et d’oranger.

Eh ! bonjour, madame l’hôtesse !Du logis tirez les verrous.« Sur le seuil laissez la tristesse,« Et venez, vous êtes chez vous. »

Si l’appétit vous sollicite,Entrez ! votre couvert est mis ;La table n’est point si petiteQu’on n’y reçoive ses amis.Le dressoir chargé de vaisselleExcite un curieux coup d’œil ;Le vin rit, la nappe étincelle :Il faut céder à cet accueil.

Eh ! bonjour, madame l’hôtesse !Du logis tirez les verrous.« Sur le seuil laissez la tristesse,« Et venez, vous êtes chez vous. »

L’hôtesse à manger vous invite,L’hôte joyeux sert d’échanson,Et souvent le dîner s’acquitteAvec une simple chanson.Il faut ouïr, au choc des verres,Ces accords sans diapasonOù s’épanchent les cœurs sincèresA faire trembler la maison.

Eh ! bonjour, madame l’hôtesse !Du logis tirez les verrous.« Sur le seuil laissez la tristesse,« Et venez, vous êtes chez vous. »

Voici la clef de la cellule :Un lit de moine vous attend ;Du crépuscule au crépusculeOn dort, le rossignol chantant.A l’aube, un doux bruit vous éveille,Concert de sons et de couleurs,De pinson, de bouvreuil, d’abeille,Dans le feuillage et dans les fleurs.

Eh ! bonjour, madame l’hôtesse !Du logis tirez les verrous.« Sur le seuil laissez la tristesse,« Et venez, vous êtes chez vous. »

Rien ne vous manque, ni l’eau pure,Ni la toile fraîche l’été,Ni tous les soins qu’on se figureEn rêvant d’hospitalité.Oh ! la Providence fidèleProtégera votre foyer !On dit que le nid d’hirondelleBénit le toit hospitalier.

Adieu donc, madame l’hôtesse !Du logis poussez les verrous ;Sur le seuil je vois la tristesseQuand il faut quitter de chez vous.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources