Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
La race
N’est-ce pas blasphémer nos pèresQue dire : Nous ne valons rien ?Les cygnes font-ils des vipères ?Du lion peut-il naître un chien ?La race française et gauloiseN’est pas près de s’abâtardir ;Malheur à qui lui cherche noise !Son sang pourrait bien refroidir.
Gardons le sang, gardons la race,Gardons nos rangs,Dignes enfants des Gaulois et des Francs !Que les conscrits de la dernière classeSe souviennent que leurs parentsFurent grands !
On a parlé de décadence,Qui donc est tombé, jusqu’ici ?Des soldats, mais non pas la France ;Elle est vivante, Dieu merci !Toujours quelque martyr succombe,Chez nous, quel que soit le drapeau ;On marche en riant à la tombe,On a le sang près de la peau.
Gardons le sang, gardons la race,Gardons nos rangs,Dignes enfants des Gaulois et des Francs !Que les conscrits de la dernière classeSe souviennent que leurs parentsFurent grands !
Toujours quelque chouette égarée,Échappée aux plus noirs donjons,Pleure comme fait la maréeOu la bise dans les ajoncs ;Plus d’un vaincu boit son caliceJusqu’à la lie, et souriraDe voir notre jeune miliceNous conquérir le Jurjura.
Gardons le sang, gardons la race,Gardons nos rangs,Dignes enfants des Gaulois et des Francs !Que les conscrits de la dernière classeSe souviennent que leurs parentsFurent grands !
Toujours sur notre vieille terre,Dont la base est un dur granit,Survit l’antique caractère ;La tradition reste au nid.L’idée est mobile, sans doute ;Le Français, dit-on, est léger ;Il est si léger sur la routeQuand elle conduit au danger !
Gardons le sang, gardons la race,Gardons nos rangs,Dignes enfants des Gaulois et des Francs !Que les conscrits de la dernière classeSe souviennent que leurs parentsFurent grands !
Ne regardons pas en arrière !Le monde suit nos mouvements ;L’ondoiement de notre bannièreLui donne des tressaillements.Notre pensée est électrique,De la terre elle fait le tour,Elle est guerrière et pacifique :C’est le droit tempéré d’amour.
Gardons le sang, gardons la race,Gardons nos rangs,Dignes enfants des Gaulois et des Francs !Que les conscrits de la dernière classeSe souviennent que leurs parentsFurent grands !
70 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources