Muse populaire, 1875· Muse populaire
La fête du curé
Dans un modeste presbytère,Un bon pasteur des plus anciens,Que Dieu laissait encor sur terrePour faire le bonheur des siens,Disait, chaque année à sa fête,A tout son troupeau réuni :Mes chers enfants, mon âme est prêteA regagner son premier nid.
Pourquoi tromper ceux que l’on aime ?Lui répondaient les paysans.Vous nous dites toujours de mêmeTous les ans ;Vous nous direz encor de mêmeDans dix ans.
Alors il leur contait sa vie,Qui datait déjà de longtemps ;En sa jeunesse poursuivie,Il avait eu d’affreux instants.A son arrivée au village,On avait planté ce noyer,Dont le soixantième feuillageNe laissait pas de l’égayer.
Pourquoi tromper ceux que l’on aime ?Lui répondaient les paysans.Vous nous dites toujours de mêmeTous les ans ;Vous nous direz encor de mêmeDans dix ans.
Enfin, joyeux de leur tendresse,Il disait pour les consoler :Mes bons amis, rien ne me presse,Et j’attendrai pour m’en allerQue les rameaux dont se couronneLe vieux noyer soient reverdis,Puisque parmi vous Dieu me donneUn avant-goût du paradis.
Pourquoi tromper ceux que l’on aime ?Lui répondaient les paysans.Vous nous dites toujours de mêmeTous les ans ;Vous nous direz encor de mêmeDans dix ans.
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources