Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

Le vin de la planète

Pierre Dupont· 91 vers

Tout l’été sur la colline,En visitant mes raisins,Rien qu’à voir leur bonne mineJe prédisais de bons vins ;Et, la nuit, levant la têteVers les cieux tout grands ouverts,J’appelais une comètePour dorer mes pampres verts.

J’appelais une comète ;La planète vient au pasFaire oublier la comète,Dont le vin ne valait pasLe vin de la planète.

Une influence bénigne,Comme je l’avais rêvé,De loin réchauffait la vigne ;Les savants l’ont bien prouvé,Amis, la vendange est belle ;Ce n’est jamais sans raisonQu’une planète nouvelleMet le nez à l’horizon.

J’appelais une comète ;La planète vient au pasFaire oublier la comète,Dont le vin ne valait pasLe vin de la planète.

On dit qu’à notre équilibreManquait ce monde nouveau ;Là-dessus chacun est libreDe tourmenter son cerveau.Depuis que sur ma vendangeA soufflé l’astre clément,Ma tête varie et changeD’équilibre à tout moment.

J’appelais une comète ;La planète vient au pasFaire oublier la comète,Dont le vin ne valait pasLe vin de la planète.

Les tonneaux et les bouteilles,Les pressoirs et les celliers,Laissent la vendange aux treilles ;Le bois manque aux tonneliers.Qu’il est lampant et limpideCe vin terrible en naissant !C’est comme un soleil liquideQui s’allume en votre sang.

J’appelais une comète ;La planète vient au pasFaire oublier la comète,Dont le vin ne valait pasLe vin de la planète.

Dieu n’est pas un méchant juge ;Tout en frappant, il sourit :Le lendemain du délugeLe cep de Noé fleurit.La pluie a noyé les terres ;Le soleil a cuit les blés,Mais la vigne emplit nos verres :Buvons à coups redoublés.

J’appelais une comète ;La planète vient au pasFaire oublier la comète,Dont le vin ne valait pasLe vin de la planète.

Oh ! la bienheureuse année !En dépit de nos revers,Ma Lisette enluminéeMet sa coiffe de travers.Au lit conjugal fidèle,Le rusé marchand du coinSouffle à minuit sa chandelle,Et laisse dormir son vin.

J’appelais une comète ;La planète vient au pasFaire oublier la comète,Dont le vin ne valait pasLe vin de la planète.

Le vin de notre planèteDans mille ans sera cité ;Voyez, la vapeur en tête,Cheminer l’humanité ;C’est une ère qui commenceL’âge fleuri de l’amour,Qu’on cisèle un verre immenseOù chacun boive à son tour.

J’appelais une comète ;La planète vient au pasFaire oublier la comète,Dont le vin ne valait pasLe vin de la planète.

91 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources