Muse populaire, 1875· Muse populaire
La fille du cabaret
Fichu croisé, simple chemiseDe tuile rousse à grain serré,Jupon rayé : voilà sa mise,Et bonnet rond à peine ouvré.Pendant que l’on boit elle file,Elle fait chanter son rouet ;Et chacun vient voir à la fileLa fille du cabaret.
Dès le matin elle balayeDe la cave jusqu’au grenier ;Le buveur qui la voit s’égayeComme au regard de son rosier.Elle est gentille, elle est accorte ;On boit le double de clairetQuand c’est elle qui vous l’apporte,La fille du cabaret.
Tout buveur est son camaradeJusqu’à deux doigts de son corsetAussi volontiers qu’une œilladeElle vous aligne un soufflet ;Parfois son bras sert de béquille,Maint vieillard sans elle choirait ;C’est qu’elle est une bonne fille,La fille du cabaret.
Sa mère, une grosse gaillardeA qui l’on sait plus d’un galant,D’un clin d’œil en dessous la gardeEt surveille son corset blanc.Franc buveur dit tout en goguette :Craignez plutôt ce beau discret,Qui voudrait tenir en cachetteLa fille du cabaret.
Rose, soyez modeste et sage,N’imitez pas votre maman ;Respectez-la, car à son âgeOn revient de l’égarement.Croyez à son expérience ;On va plus loin qu’on ne voudrait,Quand on est, par droit de naissance,La fille du cabaret.
Rose est modeste autant que belle :Ne la voyez-vous pas rougirDu moment qu’on a l’œil sur elle ?Bientôt son cœur pourra choisir.Il faudrait un garçon qui gagne,Un beau compagnon qui dirait :Je vais emmener en campagneLa fille du cabaret.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources