Muse populaire, 1875· Muse populaire
La jeune fille d’Inspruck
Sur la haute brancheDe l’épine en fleurs,La fauvette épancheAu vent ses douleurs,
Le matin, elle avait encoreUn nid au-dessus des buissons,Un nid qui jetait à l’auroreSa part de joyeuses chansons :Mais, depuis l’aube, une ingénueAimant les fleurs, aimant les nids,Jusqu’à ces buissons est venue,Où nids et fleurs sont réunis.
Sur la haute brancheDe l’épine en fleurs,La fauvette épancheAu vent ses douleurs.
La vierge à l’humeur enfantine,Capricieuse dans ses vœux,Cueillit d’abord de l’aubépinePour en mêler à ses cheveux ;Le nid de la branche élevéeExcita son jeune désir.Hélas ! l’innocente couvéeA gazouiller prenait plaisir.
Sur la haute brancheDe l’épine en fleurs,La fauvette épancheAu vent ses douleurs.
Voyant que la branche était haute,L’enfant se pendit aux rameaux,Sans songer que c’est une fauteD’arracher aux nids leurs oiseaux.La mère s’était envolée,De ses plaintes remplissant l’air.Or, sous l’aubépine étoilée,Dormait un lac profond et clair.
Sur la haute brancheDe l’épine en fleurs,La fauvette épancheAu vent ses douleurs.
En atteignant au nid de mousse,Son beau corps avait fait ployerL’aubépine, dont la secousseLa fit tomber et se noyer.Le soir on l’avait retrouvée,Sous l’azur, sur le sable d’or ;Tenant encore la couvée,Elle semblait vivante encor.
Sur la haute brancheDe l’épine en fleurs,La fauvette épancheAu vent ses douleurs.
52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources