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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

Le cochon

Pierre Dupont· 72 vers

Entrons-nous dans cette chaumièreD’où sort la bonne odeur du lard ?La soupe aux choux à sa manièreFait les doux yeux : prenons-y part.Le pauvre que nourrit sa graisseDu cochon ne parle point mal.Laissons l’orgueil et la paresseInsulter ce noble animal.

Saint Antoine, ouvre tes oreilles,Retrousse un peu ton capuchon :Nous allons chanter les merveillesEt les qualités du cochon.

Enfant bâtard de la nature,Le cochon fut le sanglier ;Mais l’homme a remplacé la hurePar le groin plus familier.Il a de sa vieille origineGardé l’œil vif, le pied fourchu ;Au poids du ventre et de l’échineOn reconnaît un roi déchu.

Saint Antoine, ouvre tes oreilles,Retrousse un peu ton capuchon.Nous allons chanter les merveillesEt les qualités du cochon.

Le cochon n’est pas difficile :Dans le fumier, dans les égouts,La nourriture la plus vileNe répugne point à ses goûts.Mais, en philosophe, il préfèreLe gland, le fruit du châtaignier,La pomme de terre et l’eau claireA la fange, à l’eau du bourbier.

Saint Antoine, ouvre tes oreilles,Retrousse un peu ton capuchon :Nous allons chanter les merveillesEt les qualités du cochon.

Un bun porcher jamais ne laisseLes verrats pourrir sous leurs toits :En pleine terre il les engraisseEt dans les vieux fournils des bois.Dans la grande mare il les baigne,Les frotte avec du romarin ;Quand ils sont malades, les saigne,Et leur fait boire un coup de vin.

Saint Antoine, ouvre tes oreilles,Retrousse un peu ton capuchon :Nous allons chanter les merveillesEt les qualités du cochon.

Le porc flaire la truffe noireComme un chien d’arrêt la perdrix ;D’aucuns sont vendus à la foire,Les autres salés au logis.Sur les feux de réjouissanceComme on saute à califourchonDans nos vieux villages de France,Quand on saigne et brûle un cochon !

Saint Antoine, ouvre tes oreilles,Retrousse un peu ton capuchon :Nous allons chanter les merveillesEt les qualités du cochon.

C’est toujours aux veilles de fêteQu’on tue un beau périgourdin ;Il est bon des pieds à la tête :D’abord on mange le boudin.Si la fête est carillonnée,On décroche le vieux jambon,Qui s’enfume à la cheminée ;Le vin blanc le fait trouver bon

Saint Antoine, ouvre tes oreilles,Retrousse un peu ton capuchon :Nous allons chanter les merveillesEt les qualités du cochon.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources