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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

La joie

Pierre Dupont· 95 vers

Chantons la joie avec transports,Chers compagnons, tendres compagnes :Elle découle des cœurs forts,Comme l’eau descend des montagnes.

Ce matin n’est-il pas joyeux ?Le soleil, levé radieux,Aux champs, aux forêts, aux prairies,Fait ses présents de pierreries.L’horizon est harmonieux ;Les oiseaux, secouant leur plume,Chantent l’aurore à plein gosier ;On se lève pour travailler ;Le maréchal bat son enclume.

Chantons la joie avec transports,Chers compagnons, tendres compagnes ;Elle découle des cœurs forts,Comme l’eau descend des montagnes.

Aux abreuvoirs désaltérés,Les troupeaux s’en vont dans les prés ;Autour, les chiens de berger courent,Les grands attelages labourent,Le ciel s’éclaire par degrés.Des sillons l’alouette monteD’un coup d’aile capricieux ;Sa voix perçante emplit les cieux ;La poule chante après la ponte.

Chantons la joie avec transports,Chers compagnons, tendres compagnes ;Elle découle des cœurs forts,Comme l’eau descend des montagnes.

Les villages sont pleins de bruits ;Les cabaretiers voient leur huisEncombré de vieilles pratiques :On ouvre gaiement les boutiques,On porte le lait et les fruits.La diligente lavandière,Jetant au vent à belles dentsSon rire et ses lazzi mordants,De savon blanchit la rivière.

Chantons la joie avec transports,Chers compagnons, tendres compagnes ;Elle découle des cœurs forts,Comme l’eau descend des montagnes.

Labourez ou forgez le rail,La joie est fille du travailEl de la bonne conscience ;C’est le prix de la patience.Au fond des mers luit le corail ;La rose éclôt dans les épines.Que de pics il faut ébrécherPour trouver l’or et pour chercherLe diamant au fond des mines !

Chantons la joie avec transports,Chers compagnons, tendres compagnes ;Elle découle des cœurs forts,Comme l’eau descend des montagnes.

Quand l’homme qui cherche a trouvéLe problème longtemps rêvé,Comme la poule, après l’œuf, chante,Sa joie en est extravagante :On croirait le monde sauvé.Ne blâmons point cette faiblesse ;Quand des parents voient leur enfantVenir au jour, qui leur défendUn grand mouvement de tendresse ?

Chantons la joie avec transports,Chers compagnons, tendres compagnes ;Elle découle des cœurs forts,Comme l’eau descend des montagnes.

Après un combat meurtrierRevenez avec un laurier,On vous choie et l’on vous embrasse ;On aime à retrouver sa placeChastement gardée au foyer.Après une noble conquêtePour le droit et la liberté,On voit tout un peuple en gaietéBoire et chanter des airs de fête.

Chantons la joie avec transports,Chers compagnons, tendres compagnes ;Elle découle des cœurs forts,Comme l’eau descend des montagnes.

Mais dans le bois silencieuxL’oreille entend un bruit soyeux,Et sous des pas craque la feuille.Un couple amoureux s’y recueille ;Les branches leur cachent les cieux ;Ils se communiquent leur flammeEn des mots pleins de déraison ;Leur joie éclairé l’horizon ;Tout le ciel descend dans leur âme.

Chantons la joie avec transports,Chers compagnons, tendres compagnes ;Elle découle des cœurs forts,Comme l’eau descend des montagnes.

95 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources