Muse populaire, 1875· Muse populaire
La joueuse de guitare
Je ne sais pas où je suis née,Sous quelle étoile, en quelle année ;Ma mère est morte en’ m’allaitant.Errante comme l’hirondelle,Du toit de chaume à la tourelleJe gagne ma vie en chantant.
Je suis pauvre, mais bonne fille ;Vous riez de ma souquenilleQui se traîne dans le ruisseau.Il faudrait me voir le dimanche,Lorsque j’ai mis la guimpe blanche,Où se croise un ruban ponceau.
Si je pouvais savoir mon âge,Je songerais au mariage ;Une vieille de mon paysDisait qu’on a dot et fortune,Tendre ou mutine, ou blonde ou brune,Quand on a seize ans, à Paris.
Or la vieille bohémienneM’a dit, autant qu’il m’en souvienne,Après avoir lu dans ma main :A toi les honneurs, la richesse ;Tu seras reine ou bien duchesseEt tu feras un beau chemin.
En croirai-je cette espérance ?Si j’étais la reine de France,Que ferais-je de tout mon bien ?Oh ! je n’en serais point avare ;J’achèterais une guitareA toute fille qui n’a rien.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources