Muse populaire, 1875· Muse populaire
Regina
J’avais un cœur pour chaque femme ;Plus d’une duchesse à plaisirVenait se brûler à ma flamme :Alors je n’avais qu’à choisir.Mais Régina la bruneUn jour passa,Et mon cœur se fixa.Je n’en aimai plus qu’une,Que Régina,Dont l’amour me damna ;Cruelle (ter) Regina !
La jeunesse rieuse et folleNe la regardait qu’en tremblant ;Vit-on jamais une créoleA l’mil plus noir et plus brûlant,Qui sût dans sa parureMarier mieux,Pour prendre tous les yeux,La soie et la dorure,Que RéginaDont l’amour me damna ;Cruelle (ter) Régina !
L’un aimait sa jambe où sa taille,L’autre exprimait tout bas le vœuDe prendre à son chapeau de pailleLa frange de son ruban bleu.On aimait sa paupière,Ses cheveux bruns,Ses bagues, ses parfums ;Je t’aimai tout entière,O Regina !Dont l’amour me damna ;Cruelle (ter) Régina !
Son regard semblait me promettreQu’un jour finiraient mes douleurs.Pendant six mois, sous sa fenêtre,Des froides nuits j’ai bu les pleurs.Jadis à de beaux angesJe promettaisComme elle, et je mentais ;Régina, tu les venges !O Regina !Dont l’amour me damna ;Cruelle (ter) Régina !
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources