Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
La paysanne amoureuse
Que je suis heureuseSous mon beau grand pin !Ma voix amoureuseY chante sans fin :
Les saules sont en sève,L’aubépine est en fleur,Et je chante le rêve,Le rêve de mon cœur.
Le bel oiseau chante,Je fais comme lui ;Mais sans épouvante,Sans le moindre ennui,
Les saules sont en sève,L’aubépine est en fleur,Et je chante le rêve,Le rêve de mon cœur,
L’oiseau craint la pluie,Le froid, les chasseurs ;Et pour moi la vieN’a plus de rigueurs.
Les saules sont en sève,L’aubépine est en fleur,Et je chante le rêve,Le rêve de mon cœur.
Pour moi la vipèreN’a plus de venin ;Je lui dis : Commère,Passe ton chemin !
Les saules sont en sève,L’aubépine est en fleur,Et je chante le rêve,Le rêve de mon cœur.
Mon père m’admire ;Ma mère, en dessous,Pour ma tirelireLui prend ses gros sous.
Les saules sont en sève,L’aubépine est en fleur,Et je chante le rêve,Le rêve de mon cœur.
On dit : Qu’elle est belle !Me voyant passer :Chacun avec elleVoudrait bien danser.
Les saules sont en sève,L’aubépine est en fleur,Et je chante le rêve,Le rêve de mon cœur,
Le garçon que j’aime,Nul ne le saura,Si ce n’est lui-même ;Qui le lui dira ?
Les saules sont en sève,L’aubépine est en fleur,Et je chante le rêve,Le rêve de mon cœur.
Dis-lui, bouche rose,Dites-lui, mes yeux,Qu’il faudra qu’il oseM’aimer un peu mieux
Les saules sont en sève,L’aubépine est en fleur,Et je chante le rêve,Le rêve de mon cœur.
64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources