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un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

La saint-vincent

Pierre Dupont· 72 vers

Pourquoi nos vignerons pur sangOnt-ils pour patron pour compère,Le glorieux martyr Vincent ?La raison en est toute claire :C’est qu’avant d’être ce beau vinQue dans les verres on voit luire,Il a fallu que le raisinDu pressoir subît le martyre.

Donc célébrons la Saint-VincentEt le cep toujours renaissant !La sève, qui dort sous le givre,Au premier soleil va revivre.

Qui dirait que de ce bois mortVa jaillir la liqueur vermeille !En hiver la vigne s’endort ;Elle dort, mais son enfant veille ;Il est mutin, capricieux,Il jase, il pétille, il éclate ;Les ans s’en vont ; mais le vin vieuxNous en garde longtemps la date.

Donc célébrons la Saint-VincentEt le cep toujours renaissant !La sève, qui dort sous le givre,Au premier soleil va revivre.

Dix-huit cent onze vit encor !…Pour qui n’a pas vu sa comète,Sa longue queue en gerbe d’orDans le vin du Rhin se reflète.Jeune comète, d’où viens-tu ?Tu vieilliras, j’en ai l’idée,Quand je sens encor la vertuDe celle qui t’a précédée.

Donc célébrons la Saint-VincentEt le cep toujours renaissant !La sève, qui dort sous le givre,Au premier soleil va revivre.

Pour voir si nous sommes déçus,Goûtons au vin de cette année ;La gelée a passé dessus.Quand la Saint-Vincent est sonnée,Des verres le gai carillonAnnonce que l’année est bonne.Chante au foyer, petit grillon !Au cabaret ma voix résonne.

Donc célébrons la Saint-VincentEt le cep toujours renaissant !La sève, qui dort sous le givre,Au premier soleil va revivre.

Clairons, trompettes et tamboursPrésagent de grandes batailles.Les corbeaux font peur aux amours,L’ennemi flaire nos futailles.Ils prendraient nos femmes aussi ;Car ces diables-là n’ont pas d’âme.Monsieur l’étranger, grand merci !Je garde mon vin et ma femme.

Donc célébrons la Saint-VincentEt le cep toujours renaissant !La sève, qui dort sous le givre,Au premier soleil va revivre.

Rentrons, chacun à son devoir,Et n’attendons pas que l’épouseEn plein cabaret laisse voirQu’elle est querelleuse et jalouse.Demain nous rendrons tous nos soinsA la vigne toujours féconde,Et ceux qui boiront de nos vinsSeront les vrais maîtres du monde.

Donc célébrons la Saint-VincentEt le cep toujours renaissant !La sève, qui dort sous le givre,Au premier soleil va revivre.

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources