Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Le tonneau
Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan,Chasse les cercles du tonneau,Maillet sonore,Pour enfermer le vin nouveau,Fils de l’aurore !
De la vigne.le bois tortuFestonne les collines,Mais, que deviendrait la vertuDe ces grappes divines !Si, pour conserver la liqueurQui chasse tant de peines,Il ne croissait sur la hauteurChâtaigniers et grands chênes.
Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan,Chasse les cercles du tonneau,Maillet sonore,Pour enfermer le vin nouveau,Fils de l’aurore !
Le bûcheron, la hache au poing,Abat l’arbre et l’écorce ;Les doleurs y mettent leur soin :Le calcul suit la force.Le bois est prêt, gai tonnelier,Mets à jour ta science ;L’apprenti fait tremper l’osierEt le tonneau commence.
Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan,Chasse les cercles du tonneau,Maillet sonore,Pour enfermer le vin nouveau,Fils de l’aurore !
L’osier en trois joint le cerceau,Chaque douve affûtée,Mise au point, se courbe en arceau ;La futaille est voûtée :Qu’on la flambe dans un feu clair !Elle est ventrue et ronde ;Foncez-la, qu’il n’entre pas d’air ;Enfin, percez la bonde !
Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan,Chasse les cercles du tonneau,Maillet sonore,Pour enfermer le vin nouveau,Fils de l’aurore !
Ce fût, que va-t-il contenir ?La joie et l’espérance,Les songes d’or de l’avenir,Le baume à la souffrance.Soleil, qui t’en vas loin de nous,Au déclin de l’automne,Que de tes rayons le plus douxDans ce fût s’emprisonne !
Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan,Chasse les cercles du tonneau,Maillet sonore,Pour enfermer le vin nouveau,Fils de l’aurore !
Est-il plus fier qu’un tonnelierDans l’ombre d’une cave,Sa lampe accrochée au pilier,Travaillant d’un air grave !Dégustant, transvasant, collant,Ou mettant en bouteillesLes bons crus de vin rouge ou blanc,Des dates les plus vieilles !
Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan,Chasse les cercles du tonneau,Maillet sonore,Pour enfermer le vin nouveau,Fils de l’aurore !
Un tonnelier, vieux riverainDe la côte du Rhône,A fait le voyage du Rhin,En s’arrêtant à Beaune,Sans perdre une fois la raison,Étant octogénaire,Et n’a qu’une fois par saisonBattu sa ménagère.
Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan,Chasse les cercles du tonneau,Maillet sonore,Pour enfermer le vin nouveau,Fils de l’aurore !
83 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources