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Muse populaire, 1875· Muse populaire

La romance du peuplier

Février 1850

Pierre Dupont· 60 vers

Un beau peuplier d’ItalieJusqu’à ma fenêtre montait ;A sa pointe un oiseau chantaitUne chansonnette jolie,Que ma voix gaiement répétaitPour chasser la mélancolie.

En fagots on vient de lierLes branchesDe mon peuplier ;Dans son bois on vient de scierDes planches,Dans le cœur de mon peuplier.

Avant d’être sur cette placeEt de briller en plein Paris,Épandant sur nos vieux débrisUn air de fraîcheur et de grâce,En un vallon, loin de nos cris,Il se balançait dans l’espace.

En fagots on vient de lierLes branchesDe mon peuplier ;Dans son bois on vient de scierDes planches,Dans le cœur de mon peuplier.

Pour célébrer une naissance,Un baptême de liberté,Février l’avait transplantéEn un jour de réjouissance ;Ah ! pourquoi nous avoir ôtéCe gai symbole d’espérance ?

En fagots on vient de lierLes branchesDe mon peuplier ;Dans : on bois on vient de scierDes planches,Dans le cœur de mon peuplier.

Je me sentais bonne et plus pure,Quand je voyais dedans le vent,Mon gentil peuplier mouvantComme une longue chevelure ;Je croyais qu’il était vivant,J’en veux avoir une bouture.

En fagots on vient de lierLes branchesDe mon peuplier ;Dans son bois on vient de scierDes planches,Dans le cœur de mon peuplier.

Je te planterai dans la terre,Rameau chéri, près de mes fleurs,Qui pour moi sont toutes des sœurs,Et je t’appellerai mon frère.Tu m’aimeras, et, si je meurs,Tu me suivras au cimetière.

En fagots on vient de lierLes branchesDe mon peuplier ;Dans son bois on vient de scierDes planches,Dans le cœur de mon peuplier.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources