Muse populaire, 1875· Muse populaire
La sérénade
Les roses pour moi sont pareilles,Pareilles pour moi sont les fleursQue Mai répand de ses corbeillesSur les vallons, sur les hauteurs ;Mais dans la guirlande embauméeDe jeunes filles de vingt ans,Dont chacune est tout un printemps,Je ne vois qu’une bien-aimée !
Les étoiles et les planètesQui, dansant en rond dans les cieux,Font rêver bergers et poëtesSont toutes des saurs à mes yeux ;Mais sur la terre parseméeD’astres et de rayons épars,Je ne vois rien que les regardsDe tes yeux, ô ma bien-aimée !
Qu’un rossignol s’épuise et meure :Au faite du même tilleul,Un autre chantant dans une heureT’apprendra qu’il n’était pas seul.Aucune musique animéeNe peut tromper mes longs ennuis,Si ce n’est, entre mille bruits,La chanson de ma bien-aimée.
Que toutes les fleurs se flétrissent !Que les oiseaux meurent d’amour !Et que les étoiles périssent,Périsse la clarté du jourPlutôt que ma fleur parfumée,Ma chanson, mon étoile d’or ;Que l’univers périsse encorPlutôt que loi, ma bien-aimée !
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources