Muse populaire, 1875· Muse populaire
Le rossignol et les roses
Un jour je trouvai près du sol,Au temps des brises les plus chaudes,Dans l’herbe, un nid de rossignol.Au fond brillaient trois émeraudes,Trois œufs, pleins de chansons d’amour,Si Dieu les voulait faire éclore.Appelant son époux sonore,La mère attristait l’alentour.
Nids mousseux, fleurs de pourpre et blondes rêveries,Espérances fleuries.
Trois roses fleurissaient auprès,Roses d’une teinte rêvée,Qui semblaient naître tout exprèsPour les amours de la couvée ;Alors je sentais doucementÉclore en moi trois douces choses :Il fleurissait en moi trois roses ;Mon cœur couvait un nid charmant.
Nids mousseux, fleurs de pourpre et blondes rêveries,Espérances fleuries.
Mon cœur couvait trois œufs divins,La foi, l’amour, la poésie.Trois jours après, quand je revins,De froid mon âme fut saisie :Le nid gisait, et l’églantierPleurait ses roses églantines ;Le nid divin, les fleurs divinesDe mon cœur jonchaient le sentier.
Nids mousseux, fleurs de pourpre et blondes rêveries,Illusions flétries !
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources