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un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

Le braconnier

Pierre Dupont· 93 vers

Tôt, tôt, partons, bon braconnier !Avec la gourde et la besace,Sans oublier dans ton carnier,Chevrotines tuant sur placeLoups et bêtes de grosse race ;Du plomb pour lièvre et pour bécasse,Des balles pour les gardes-chasse,Autre gibier.

Mauvais coucheur et mauvais diable,Mal ficelé, mal culotté,De gros sabots chaussé, botté,Je ne suis point chasseur aimable ;Mon fusil n’est point travailléComme une fine tabatière,Non, c’est un vieux fusil à pierreDont le canon est tout rouillé,C’est une vieille canardière.

Tôt, tôt, parlons, bon braconnier !Avec la gourde et la besace,Sans oublier dans ton carnierChevrotines tuant sur placeLoups et bêtes de grosse race ;Du plomb pour lièvre et pour bécasse,Des balles pour les gardes-chasse,Autre gibier.

A l’heure où le hibou se lève,Ou bien avant qu’il soit couché,En un clin d’œil enharnaché,A mon lourd sommeil je fais trêve.Je m’en vais, au chant des grillons,A nos gardes-chasse en découdre,Toujours avare de ma poudre,Qui, pour les bois et les sillons,Est plus sanglante que la foudre.

Tôt, tôt, partons, bon braconnier !Avec la gourde et la besace,Sons oublier dans ton carnierChevrotines tuant sur placeLoups et bêtes de grosse race ;Du plomb pour lièvre et pour bécasse ;Des balles pour les gardes-chasse,Autre gibier.

Devinant toujours ma pensée,Guettant sans bruit comme un serpent,Mon chien, qui va clopin clopant,Vaut mieux qu’une meute dressée.Il découvre tout traquenard,Filet tendu, piège ou ficelle.Quand le gibier s’y prend de l’aileOu de la patte, mon renardLe rapporte à mon escarcelle.

Tôt, tôt, partons, bon braconnier !Avec la gourde et la besace,Sans oublier dans ton carnierChevrotines tuant sur placeLoups et bêtes de grosse race ;Du plomb pour lièvre et pour bécasse,Des balles pour les gardes-classe,Autre gibier.

En braconnant ainsi je gagneDe quoi, si j’étais moins buveur,Devenir moi-même un chasseur,Maître de toute une montagne.Moi devenir un muscadin,A train de chasse, à mine altière,Posséder une meute entière,Porter la guêtre en peau de daim !J’aimerais mieux casser mon verre.

Tôt, tôt, partons, bon braconnier !Avec la gourde et la besace,Sans oublier dans ton carnierChevrotines tuant sur placeLoups et bêtes de grosse race ;Du plomb pour lièvre et pour bécasse,Des balles pour les gardes-chasse,Autre gibier.

Ces beaux chasseurs de circonstance,Savez-vous à quoi cela sert ?Quand ils fêtent leur Saint-Hubert,C’est moi qui fournis la pitance.Ce jour-là, de leur bon argent,Le braconnier refait sa bosse ;Il se grise comme un colosseAvec la veuve d’un sergent,Qu’il épouse en sixième noce.

Tôt, tôt, parlons, bon braconnier !Avec la gourde et la besace,Sans oublier dans ton carnierChevrotines tuant sur placeLoups et bêtes de grosse race ;Du plomb pour lièvre et pour bécasse,Des balles pour les gardes-chasse,Autre gibier.

93 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources