Muse populaire, 1875· Muse populaire
Une chaîne
Vous êtes à l’adolescenceLa fleur des fleurs de la cité ;Des vertus vous êtes l’essence,Et la perle de la beauté.De l’âme et des yeux on vous aime,Parmi tous qui choisirez-vous ?Qui ravira le diadème ?Qui s’appellera votre époux ?
Vous souriez comme une reineA maints discours ;Nais vous ne rivez pas la chaîneDe vos amours.
L’un pour vous a vidé son coffre ;Mais, dans ses écrins vainement,De sa main ridée il vous offreOr, bijoux, perles, diamants ;Vainement dans ses flatteriesÉtincelant avec efforts,Entre vous et ses pierreriesIl sait découvrir mille accords.
Vous souriez comme une reineA maints discours ;Mais vous ne rivez pas la chaîneDe vos amours.
Un autre plus aimant peut-être,Langoureux comme un rossignol,Fait gémir sous votre fenêtreLa guitare de l’Espagnol ;Il vous mêle en ses folles phrasesAux fleurs du ciel et des sentiers ;En des sonnets emplis d’extasesIl met la lune sous vos pieds.
Vous souriez comme une reineA maints discours ;Mais vous ne rivez pas la chaîneDe vos amours.
Et moi, na belle enchanteresse,N’osant pas même vous parler,Je vais raconter ma détresseAux bois qui savent consoler.Le bouleau fleuri me conseille,Le bouvreuil m’apprend son secret,Qui se dit tout bas à l’oreilleAu plus profond de la forêt.
Et vous souriez, ô ma reine !A mon discours ;Nous nous aimons, rivez la chaîneDe nos amours.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources