Muse populaire, 1875· Muse populaire
Marguerite
Da fleur, ce n’est pas la pervenche :Ma fleur d’amour, mon doux trésor,C’est une marguerite blancheQue nuance un beau reflet d’or.Mais, las ! autour d’elle bourdonneEssaim folâtre et dangereux :Faut-il que sa blanche couronneS’effeuille aux doigts des amoureux !
Que Dieu t’abriteContre l’aquilon,O marguerite,Astre du vallon !
Tes sœurs, moins que toi fortunées,Heureuse fleur ! le plus souvent,Dans la prairie abandonnées,Voient leurs débris jetés au vent ;Mais toi, l’ombrage d’un grand chêneTe garantira des autans,Et l’eau d’une claire fontaineÉternisera ton printemps.
Que Dieu t’abriteContre l’aquilon,O marguerite,Astre du vallon !
Pourtant, s’il faut que l’on te cueille,Que ce soit un naïf amantQui le répète à chaque feuille :« Je l’aime passionnément ;Et, pour prix d’une telle flamme,Je n’ose demander à DieuQu’une parcelle de son âme.Blanche fleur ! m’aime-t-elle un peu ? »
Que Dieu t’abriteContre l’aquilon,O marguerite,Astre du vallon !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources