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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Muse populaire

Le chant des ouvriers

1846

Pierre Dupont· 78 vers

Nous dont la lampe, le matin,Au clairon du coq se rallume,Nous tous qu’un salaire incertainRamène avant l’aube à l’enclume,Nous qui des bras, des pieds, des mains,De tout le corps luttons sans cesse.Sans abriter nos lendemainsContre le froid de la vieillesse,

Aimons-nous, et quand nous pouvonsNous unir pour boire à la ronde,Que le canon se taise ou gronde,Buvons, (Ter.)A l’indépendance du monde !

Nos bras, sans relâche tendus,Aux flots jaloux, au sol avare,Ravissent leurs trésors perdus,Ce qui nourrit et ce qui pare :Perles, diamants et métaux,Fruit du coteau, grain de la plaine ;Pauvres moutons, quels bons manteauxIl se tisse avec notre laine !

Aimons-nous, et quand nous pouvonsNous unir pour boire à la ronde,Que le canon se taise ou gronde,Buvons, (Ter.)A l’indépendance du monde !

Quel fruit tirons-nous des labeursQui courbent nos maigres échines ?Où vont les flots de nos sueurs ?Nous ne sommes que des machines.Nos Babels montent jusqu’au ciel,La terre nous doit ses merveilles :Dès qu’elles ont fini le miel,Le maître chasse les abeilles.

Aimons-nous, et quand nous pouvonsNous unir pour boire à la ronde,Que le canon se taise ou gronde,Buvons, (Ter.)A l’indépendance du monde !

Au fils chétif d’un étrangerNos femmes tendent leurs mamelles,Et lui, plus tard, croit dérogerEn daignant s’asseoir auprès d’elles,De nos jours, le droit du seigneurPèse sur nous plus despotique ;Nos filles vendent leur honneurAux derniers courtauds de boutique,

Aimons-nous, et quand nous pouvonsNous unir pour boire à la ronde,Que le canon se taise ou gronde,Buvons, (Ter.)A l’indépendance du monde !

Mal vêtus, logés dans des trous,Sous les combles, dans les décombres,Nous vivons avec les hibouxEt les larrons amis des ombres ;Cependant notre sang vermeilCoule impétueux dans nos veines ;Nous nous plairions au grand soleil,Et sous les rameaux verts des chênes.

Aimons-nous, et quand nous pouvonsNous unir pour boire à la ronde,Que le canon se taise ou gronde,Buvons, (Ter.)A l’indépendance du monde !

A chaque fois que par torrentsNotre sang coule sur le monde,C’est toujours pour quelques tyransQue cette rosée est féconde ;Ménageons-le dorénavant,L’amour est plus fort que la guerre ;En attendant qu’un meilleur vent :Souffle du ciel ou de la terre.

Aimons-nous, et quand nous pouvonsNous unir pour boire à la ronde,Que le canon se taise ou gronde,Buvons, (Ter.)A l’indépendance du monde !

78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources