Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Le cheval
Viens çà ! mon beau cheval de race,Anglais pur sang, mais tout françaisPar le feu, l’orgueil et la grâce,Aimant la poudre et le succès.Ses crins sont des cheveux de femme,Sa robe est un beau satin noir,Ses naseaux jettent sang et flamme,Son œil est comme un grand miroir.
Traverse tous les bruits de guerreQui font encor frémir la terre ;Passe le sang et la poussière,Passe la guerre, passe le vent !Hope ! mon cheval, en avant !
De l’épi du front à la croupe,En ondulant vers le garrotSa belle courbe se découpeQuand il se déploie au grand trot.On voit le réseau de ses veinesS’entrelacer à fleur de peau ;Dès qu’il part, collines et plainesEt montagnes sont de niveau.
Traverse tous les bruits de guerreQui font encor frémir la terre ;Passe le sang et la poussière,Passe la guerre, passe le vent !Hope ! mon cheval, en avant !
Dans un long ruban de poussièreOn voit ses fers étincelerEt se dérouler sa crinière ;Sa course ne peut l’essouffler.Comme le marteau sur l’enclumeLa corne en mesure s’abat,La bouche se blanchit d’écume,La queue ondoie et le flanc bat.
Traverse tous les bruits de guerreQui font encor frémir la terre ;Passe le sang et la poussière,Passe la guerre, passe le vent !Hope ! mon cheval, en avant !
Terrible et doux, souple et rebelle,Ferme sur ses jarrets d’acier,Corps de lion, pieds de gazelleEt vol d’oiseau ! c’est mon coursier.On dirait une sensitive :Si dans l’herbage du vallonL’odeur de la cavale arrive,On voit se dresser l’étalon.
Traverse tous les bruits de guerreQui font encor frémir la terre ;Passe le sang et la poussière,Passe la guerre, passe le vent !Hope ! mon cheval, en avant !
Tout fier de sa housse écarlate,Il quitte les airs triomphantsPour lécher la main qui le flatteEt jouer avec les enfants.Il hennit à la jeune filleQu’il caresse d’un air soumis ;Enfin il est de la famille,Et c’est le plus sûr des amis.
Traverse tous les bruits de guerreQui font encor frémir la terre ;Passe le sang et la poussière,Passe la guerre, passe le vent !Hope ! mon cheval, en avant !
Il ne manque ni de litièreNi d’avoine, et d’autres chevaux,Traînant le bois, traînant la pierre,Succombent aux plus lourds travaux,Mais voici la vapeur qui passeComme un coursier noir indompté ;Chevaux de trait qu’elle remplace,Elle vous rend la liberté !
Traverse tous les bruits de guerreQui font encor frémir la terre ;Passe le sang et la poussière,Passe la guerre, passe le vent !Hope ! mon cheval, en avant !
78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources