Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Muse populaire, 1875· Chants nouveaux

Le dernier beau jour

Pierre Dupont· 72 vers

Les feuilles rouges du coteauDisent que la vendange est faite ;L’automne, de son long manteauSecoue encore un jour de fête.Ne restons pas à la maison :Profitons de l’heure sacréeOù le soleil, à l’horizon ;Tamise une poussière ambrée.

L’automne, d’un dernier regardCharme et dore cette journée ;Fêtons, sans attendre plus tard,Le déclin si doux de l’année !

Dans le sol, fraîchement creusé,Le laboureur marche en cadence ;On voit jaillir le blé roséDe ses mains pleines d’espérance.Les étourneaux sur les sillonsS’abattent comme un noir nuageOu s’envolent par tourbillonsSur les pommiers du voisinage.

L’automne, d’un dernier regardCharme et dore cette journée ;Fêtons, sans attendre plus tard,Le déclin si doux de l’année !

Plus d’hirondelles dans l’azur !Une seule, vraie âme en peine,Reste à l’écart sans abri sûrContre la froidure prochaine.Tes sœurs, pauvre oiseau du bon Dieu,Ne reviendront que l’autre année ;Viens, pour attendre au coin du feu,Te blottir sous ma cheminée !

L’automne, d’un dernier regardCharme et dore cette journée ;Fêtons, sans attendre plus tard,Le déclin si doux de l’année !

A notre nébuleux climatPlus d’un oiseau reste fidèle ;Le peuplier est un grand mâtOù la pie agite son aile ;En haut chante un chardonneret ;Le roitelet grimpe et s’abriteAu vieux chêne de la forêt ;En bas pousse une marguerite.

L’automne, d’un dernier regardCharme et dore cette journée ;Fêtons, sans attendre plus tard,Le déclin si doux de l’année !

C’est que l’année a beau finir,On dirait qu’elle recommence,Et rien n’étouffe l’avenir ;Herbe, fleurette, oiseau, semenceQuand sur les arbres dépouillés,Corbeau des hivers, tu te poses,A la cime des cornouillersOn voit déjà des bourgeons roses.

L’automne, d’un dernier regardCharme et dore cette journée ;Fêtons, sans attendre plus tard,Le déclin si doux de l’année !

Le ciel rougit, l’air devient froid,Le sarment dans l’âtre pétille ;Allons nous chauffer à l’étroit,Au cercle aimé de la famille ;Et là, devisant, espérant,Chacun racontera la sienne ;Doux fruits, vin doux et rire francCombattront le froid et la peine.

L’automne, d’un dernier regardCharme et dore cette journée ;Fêtons, sans attendre plus tardLe déclin si doux de l’année !

72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources