Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Le gai garçon
Le gai garçonVit sans façon,Et dans sa chanceA confiance ;Pour la gaieté, pour la vaillance,Chacun veut être à l’unissonDu gai garçon.
Est-il de race noble ou gueuse,Vient-il des Gaulois ou des Francs ?Son pied grand et sa main rugueuseAttestent de rudes parents.L’épaule est largement voûtée ;Les yeux sont bleus comme un beau ciel ;Par le travail originelLa race est pétrie et domptée.
Le gai garçonVit sans façon,Et dans sa chanceA confiance ;Pour la gaieté, pour la vaillance,Chacun veut être à l’unissonDu gai garçon.
Ses bras nus laissent voir leurs veines ;Son front où sèche la sueur,Porte la trace de ses peines,Qui n’ont jamais aigri son cœur.La peau semble une rude écorce,Les cheveux sont comme du crin ;Jarrets de fer, cuisses d’airain,Cou de taureau, telle est sa force.
Le gai garçonVit sans façon,Et dans sa chanceA confiance ;Pour la gaieté, pour la vaillanceChacun veut être à l’unissonDu gai garçon.
Avec tout cela bonne mine,Bien découplé, sain et dispos,Il fut pris par la discipline,Et, sept ans, suivit les drapeaux.L’Afrique a bronzé son visageEt fait ses mains de couleur d’or ;Il en est revenu plus fort,Mais pas plus fier, car il est sage.
Le gai garçonVit sans façon,Et dans sa chanceA confiance ;Pour la gaieté, pour la vaillance,Chacun veut être à l’unissonDu gai garçon.
Mûrissent les champs, la prairie !Il va moissonner ou faucher !Sa main, à la poudre aguerrie,Mine et fait sauter le rocher.Dans les travaux noirs des usinesOn ne connaît pas son égal ;Il dirige comme un chevalLa vapeur, à me des machines.
Le gai garçonVit sans façon,Et dans sa chanceA confiance ;Pour la gaieté, pour la vaillance,Chacun veut être à l’unissonDu gai garçon.
Or, sa vertu n’est point morose ;Il cueillerait avec plaisirUne fleur sur le sein de Rose,Si Rose y voulait consentir ;Et, si le ciel un jour s’ennuieDe faire pleuvoir, et qu’enfinIl tombe, après de l’eau, du vin,Il se vengera de la pluie.
Le gai garçonVit sans façon,Et dans sa chanceA confiance ;Pour la gaieté, pour la vaillance,Chacun veut être à l’unissonDu gai garçon.
Si Rose à sa flamme s’allume,Il va faire des nourrissons,Forts à soulever une enclume,Dès le berceau, de gais garçons ;S’il fait des filles, je supposeQue chacune se mariera,Et pour d’autres continueraCe que pour elle aura fait Rose.
Le gai garçonVit sans façon,Et dans sa chanceA confiance ;Pour la gaieté, pour la vaillance,Chacun veut être à l’unissonDu gai garçon.
97 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources