Muse populaire, 1875· Muse populaire
Le lavoir
Tous les jours, moins le dimanche,On entend (bis) le gai battoirBattre la lessive blancheDans l’eau verte du lavoir.
Une rigole en vieux chêneAu lavoir amène l’eauDe la colline prochaineOù se tient caché l’écho,L’écho qui jase et babilleEt redit tous nos lazzis ;Car nous lavons en familleTout le linge du pays.
Tous les jours, moins le dimanche,On entend (bis) le gai battoirBattre la lessive blancheDans l’eau verte du lavoir.
La margelle est une pierreAussi lisse qu’un miroir ;Un vieux toit fourni de lierreTient à l’abri le lavoir ;De l’iris les feuilles vivesY dardent leurs dards pointus ;Pour embaumer nos lessivesSa racine a des vertus.
Tous les jours, moins le dimanche,On entend (bis) le gai battoirBattre la lessive blancheDans l’eau verte du lavoir.
La vieille branlant mâchoire,Qui se souvient de cent ans,Conte aux jeunes quelque histoireAussi vieille que le temps.C’est Satan qui se démèneDans le corps d’un vieux crapaud,Ou bien c’est quelque âme en peineQui, la nuit, vient troubler l’eau.
Tous les jours, moins le dimanche,On entend (bis) le gai battoirBattre la lessive blancheDans l’eau verte du lavoir.
Tout en jasant, la sorcièreTord son linge à tour de bras ;Auprès fume une chaudière,C’est comme aux anciens sabbats.Mais dans un coin la filletteQui veut plaire à son galantMire dans l’eau sa cornette,Sa ceinture et son bras blanc.
Tous les jours, moins le dimanche,On entend (bis) le gai battoirBattre la lessive blancheDans l’eau verte du lavoir.
52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources