Muse populaire, 1875· Muse populaire
Le nom de ma sœur
Savez-vous pourquoi, toute la semaine,Je fais le sauvage, et pourquoi, le soir,Sous les noirs tilleuls, seul je me promène ?Ne soupçonnez pas d’amoureux espoir :Je cause tout bas avec l’adoréeDont le souvenir ne m’est pas cruel ;Je songe au bon temps d’une amour doréeDes plus clairs rayons que Dieu garde au ciel.
Et par instants, avec douceur,Je murmure le nom de femmeQui vibre le mieux en mon âme,Le nom de ma sœur !
Savez-vous pourquoi j’aime les dimanchesEt les jours des saints que l’on chôme encor,Où l’on voit briller, sur les moires blanchesEt sur le velours, les acanthes d’or ?C’est que sous ses doigts ce métal s’effeuilleEn un saint travail que Dieu doit bénir ;A ces rameaux d’or, avide, je cueilleLe fruit savoureux de son souvenir
Et par instants, avec douceur,Je murmure le nom de femmeQui vibre le mieux en mon âme,Le nom de ma sœur !
Savez-vous pourquoi j’aime les saulées,Les fleurs et les nids, trésor des buissons,L’argent des ruisseaux, l’ombre des vallées,Les bois parfumés et pleins de chansons ?Savez-vous pourquoi j’aime la famille,Le vieillard courbé, l’enfant qui sourit ?Je songe à son cœur d’humble jeune fille,Où toute amour pure à l’ombre fleurit.
Et par instants, avec douceur,Je murmure le nom de femmeQui vibre le mieux en mon âme,Le nom de ma sœur !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources