Muse populaire, 1875· Chants nouveaux
Le renouveau
Quelque chose me dit : « Chante ! »Je chanterai volontiers ;Une brise murmuranteCaresse les peupliers.
Au moment qu’on désespère,Luit le soleil,Et Dieu nous fait voir, bon père !L’espoir vermeil.Sur les cachots les plus sombresUn astre luit ;Que de clarté dans tes ombres,O noire nuit !
Quelque chose me dit : « Chante ! »Je chanterai volontiers ;Une brise murmuranteCaresse les peupliers.
L’espoir descend, bon génie !Me visiter :J’entends, dans mon insomnie,Les coqs chanter.Les vents, avec des bruits d’ailes,De maints paysM’apportent de vos nouvelles,O mes amis !
Quelque chose me dit : « Chante ! »Je chanterai volontiers ;Une brise murmuranteCaresse les peupliers.
Quand la fatigue m’accable,Je trouve encorDu pain, du vin sur la table,Et ce trésorQu’on nomme un ami : j’arrêteL’élan du cœur ;L’amitié simple et discrèteA sa pudeur.
Quelque chose me dit : « Chante ! »Je chanterai volontiers ;Une brise murmuranteCaresse les peupliers.
Je vois nos champs de bataille,Où les corbeauxNaguère faisaient ripaille,Devenir beaux ;L’herbe y couvre les squelettes ;J’y vois fleurirDes touffes de violettes ;J’en veux cueillir.
Quelque chose me dit : « Chante ! »Je chanterai volontiers ;Une brise murmuranteCaresse les peupliers.
Si mon amie est absente,De loin j’entendsSa voix fraîche et caressanteComme un printemps.Il vient une odeur de roseDe ce côté ;Mon cœur sur ton cœur se pose,O ma beauté !
Quelque chose me dit : « Chante ! )Je chanterai volontiers ;Une brise murmuranteCaresse les peupliers.
64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources