Muse populaire, 1875· Muse populaire
Le rêve que j’ai rêvé
1845
Un jour, du prix de mes leçons,Hélas ! je n’enseigne personne,Et du produit de mes chansons,N’oubliez pas que je les donne,Je veux m’acheter à ParisUne maison d’un très-bas prix,Notez que les maisons sont chères,Pour y loger les pauvres hèresQui sont logés sur le pavé ;C’est un rêve que j’ai rêvé.
Un jour, le fusil sous le bras,Je veux faire une bonne chasse,Tuer tout gibier gros et gras,Je n’ai jamais tué bécasse ;Et du prix de la venaisonJe veux fonder une maison,Une publique hôtellerie,Où jour et nuit on boive, on rie,D’où l’on parte le pied levé ;C’est un rêve que j’ai rêvé.
Je veux, si jamais je suis roi,On a vu mieux, on a vu pire,Octroyer un blanc palefroiA tous les gueux de mon empire,Dégréver mes sujets d’impôt,Donner à tous la poule au pot,Des dots aux pauvres demoiselles,Comme aux veuves, laides ou belles,Un époux neuf et tout trouvé ;C’est un rêve que j’ai rêvé.
Enfin, mon rêve le plus cher,Passez-moi celle simple envie,Serait de souffler sur l’enfer,Qu’on fait brûler dans l’autre vie.Je voudrais que le paradisNe fût pas un petit taudis,Bon tout au plus pour cent personnes,Qu’on en pût gagner les couronnesSans réciter toujours l’Ave ;C’est un rêve que j’ai rêvé.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources