Muse populaire, 1875· Muse populaire
Une nuit
Dans les prés nous allions chaque soirRegarder se lever l’étoile,Et, ce soir, ma paupière se voile ;Je t’attends sans espoir :O ma pensée !O ma fiancée !
Sous le bouleau,Dont la feuille tremble,Nous demeurions si longtemps ensemble,Sous le bouleau,Auprès de l’eau.
Les troupeaux s’en vont à l’abreuvoir,Le berger poursuit la bergère ;Seul errant sur la noire bruyère,Je t’attends sans espoir :O ma pensée !O ma fiancée !
Sur nos amours,O belle cruelle !Le soir discret étendait son aile,Sur nos amours,Hélas ! trop courts.
L’Angélus a tinté, viens t’asseoir ;Le grillon sur la plaine crie,Sa chanson berçait ma rêverie :Viens combler mon espoir.
Quand vient minuit,Heure où l’amour veille,Des rossignols la voix qui s’éveilleCharme la nuit,Quand vient minuit.
Mon regard cherche en vain ton œil noir,Ma main, ta chevelure blonde,O beauté perfide comme l’onde !Je t’attends sans espoir :O ma pensée !O ma fiancée !
Plus de serments,A l’heure où la luneDore ou blanchit la colline brune,Plus de serments,De mots charmants.
O douceur ! ô divin nonchaloir,Que troublait seulement l’aurore,Ma beauté, t’en souvient-il encore ?Tu fais mon désespoir ;O ma pensée !O ma fiancée !
Nous revenions,Lorsque l’aube en fêteNous envoyait ses cris d’alouetteEt ses rayons,Nous revenions.
53 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources