Muse populaire, 1875· Muse populaire
Les platanes
A l’heure où l’étoile du soirJette ses lueurs diaphanes,O ma divine ! quel espoirVous attire sous les platanes ?Mon cœur suit vos pas cadencés.Oh ! qu’allez-vous faire à la brune,Sans moi, dans l’ombre où vous glissez,Blanche comme un rayon de lune ?
Des lutins malins et cruelsNe craignez-vous pas les surprises,Ni la rosée aux pleurs mortels,Ni la froide haleine des brises ?
J’ai l’oreille et les yeux craintifs ;Mon sang dans mes veines se glaceLorsque dans l’ombre des massifsVotre forme blanche s’efface.Une lueur, le moindre bruit,Un rien fait que mon cœur se trouble ;Je crois voir des yeux dans la nuit,Je crois que votre pas se double.
Des lutins malins et cruelsNe craignez-vous pas les surprises,Ni la rosée aux pleurs mortels,Ni la froide haleine des brises ?
Vous revenez, et vos cheveux,Humides comme les corollesDes lis arrosés par les cieux,Semblent emplis de lucioles.Sur votre cou, sur vos bras blancs,Qui sont restés à l’air sans voiles,Je veux de mes baisers tremblantsSécher les larmes des étoiles.
Des lutins malins et cruelsNe craignez-vous pas les surprises,Ni la rosée aux pleurs mortels,Ni la froide haleine des brises ?
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Muse populaire, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES, 1875· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources